Le plan B? Dans tous les milieux, qu’ils soient politiques, économiques ou scientifiques, les spécialistes du dossier européen cherchent à sortir de l’impasse à la suite de l’abandon de l’accord-cadre institutionnel par le Conseil fédéral le 26 mai dernier.

Ce jour-là, l’association Boussole/Europe a «félicité le Conseil fédéral» et s’est réjouie de pouvoir relancer la relation bilatérale sur de nouvelles bases en négociant «d’égal à égal» avec l’UE. Comprenez: en évitant de tomber sous le joug de Bruxelles et de ses clauses guillotine «obligeant la Suisse à reprendre le droit européen de manière quasi automatique».

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Il faut reconnaître que Boussole/Europe n’est pas aussi eurosceptique que l’UDC. Ce mouvement, composé notamment d’entrepreneurs très fâchés avec les associations faîtières (Economiesuisse et l’Union patronale suisse) ayant longtemps soutenu l’accord-cadre, souligne qu’il est indépendant politiquement et qu’il prône des «solutions pragmatiques». Contrairement à l’UDC, il approuve par exemple le geste de bonne volonté du Conseil fédéral de verser le crédit d’aide à la cohésion de 1,3 milliard de francs actuellement bloqué par le parlement, qui exige en contrepartie la fin des mesures de représailles.

Un plan B qui ne convainc pas

Pourtant, son plan ne convainc pas. Il est basé sur la résolution sectorielle des problèmes dans la santé, l’électricité et la recherche. Or, c’est exactement cela dont Bruxelles ne veut plus, quitte à risquer une solution «perdant-perdant». S’il est un domaine dans lequel l’UE aurait intérêt à coopérer avec la Suisse, c’est bien dans la recherche, notre place scientifique étant une des meilleures du monde. Mais au lieu de se montrer coopérative, l’Europe préfère se lancer dans une chasse aux cerveaux qui échauffe tous les esprits: la semaine dernière, elle a conseillé aux chercheurs de nos hautes écoles briguant une bourse européenne d’opter pour une université européenne! Son signal est clair: pas de nouveaux accords sectoriels sans règlement institutionnel des litiges.

Les diplomates ne cessent de le répéter: «Il faut être deux pour danser le tango.» Dès lors, tous les plans B suisses ignorant le partenaire européen sont condamnés à l’échec. En attendant, l’absence d’accord-cadre plonge la Suisse dans un climat d’incertitude, c’est une réalité inquiétante. Et un poison pour l’économie et ses investisseurs.

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