Les perspectives de la politique européenne s’éclaircissent légèrement: le conseiller fédéral Ignazio Cassis a déclaré vouloir aller de l’avant avec le dossier de l’accord institutionnel, bloqué depuis plus d’un an. Parallèlement, la campagne contre l’initiative UDC sur la limitation de l’immigration a été relancée spectaculairement le 22 juin dernier lors d’une conférence de presse à laquelle participaient les partenaires sociaux. Le scrutin du 27 septembre s’annonce donc sous des auspices favorables: les premiers sondages le confirment aujourd’hui mais l’augmentation du chômage à laquelle il faudra s’attendre en septembre et la prolongation de la crise économique incitent à une extrême vigilance dans le maniement de l’optimisme.

Si l’hypothèque de l’initiative UDC est levée, le moment sera venu de formuler les trois questions que le Conseil fédéral veut adresser à la Commission européenne. La rédaction de l’une d’entre elles a été confiée à un comité composé des syndicats, de l’association patronale et des cantons, incapables de s’entendre jusqu’ici. Toute la question est de savoir si le Conseil fédéral sera en mesure de proposer un texte de son cru si l’impasse persiste. En tout état de cause, le chef du Département des affaires étrangères a admis que l’on n’allait pas attendre encore une année avant de soumettre de nouvelles propositions à l’UE.

Ne pas se faire d’illusions

Plusieurs facteurs l’ont décidé à agir plus rapidement qu’il ne l’envisageait encore au début du mois de mai. Les contacts diplomatiques avec les pays voisins, la consolidation de l’UE autour du plan de relance économique de la Commission porté par la France et l’Allemagne, le marécage des négociations sur la mise en œuvre du Brexit ont pu le convaincre que le Covid-19 n’avait pas fondamentalement changé la donne des relations entre la Suisse et l’UE. De plus, la présidence tournante de l’UE que l’Allemagne va exercer à partir de demain et jusqu’à la fin de l’année ouvre une fenêtre d’opportunité qu’il serait bon de saisir. Mais il ne faut pas se faire d’illusions: Mme Merkel a suffisamment de pain sur la planche avec les programmes économiques qu’elle veut réaliser, leur dimension politique et les relations conflictuelles de l’UE avec les Etats-Unis, la Chine et la Russie qu’il s’agit de gérer: elle n’aura guère de temps à consacrer aux Confédérés, sauf si, peut-être dans la dernière ligne droite de la négociation autour de l’accord institutionnel, un arbitrage de dernière heure était requis de sa part… Et il ne faut pas non plus sous-estimer les risques de l’éventuelle crise diplomatique que pourrait provoquer la décision à prendre en 2021 d’acheter tel ou tel avion de combat, les candidats évincés auront les moyens d’exprimer leur irritation!

Isolement de la Suisse

De plus il ne faut pas se cacher que, depuis une année, la situation internationale s’est dégradée sur les plans politique et économique. Le conflit entre les Etats-Unis et la Chine, le durcissement des relations de l’UE avec ces deux géants, le recul des échanges commerciaux et de la production, la militarisation des relations internationales et les attaques contre le système multilatéral et les valeurs démocratiques et libérales créent un environnement plus imprévisible et plus dangereux. Si la position de la Suisse était relativement isolée l’an dernier, elle l’est davantage cette année: le rapport avec la Chine en est un exemple. Pouvons-nous mener en solitaire une politique de rapprochement économique avec Pékin en ignorant les pressions américaines (à propos de la 5G et de Huawei) et les nouvelles exigences de l’UE en matière de contrôle des investissements dits «stratégiques»? En renforçant notre caractère d’Etat tiers par rapport à l’UE, nous courons le risque de nous voir appliquer le même régime que celui qui sera réservé à Pékin. La Suisse a déjà refusé de collaborer avec l’UE dans ce domaine, mais est-ce bien raisonnable? Il n’est donc pas étonnant que le ministre des Affaires étrangères veuille maintenant clore le chapitre de l’accord institutionnel avec Bruxelles. Mais les obstacles restent formidables, et rien n’est acquis.


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