On adore vanter leurs qualités et leur esprit d’innovation. En général, on leur serre la main, on leur tape sur l’épaule. Lorsqu’on est un responsable politique, il est de bon ton de se montrer régulièrement au côté d’un patron de PME. Avec un objectif: défendre publiquement ces entreprises familiales actives dans la mécanique, la précision, la métrologie, la sous-traitance, et dont les employés portent des blouses bleues et ont les mains dans l’huile. Bref, «ce tissu de PME industrielles est essentiel à la bonne marche économique du pays», selon la formule habituelle.

Lire aussi: Echec de l’accord-cadre: toute l’industrie ne panique pas

Lorsqu’il s’agit de faire des choix politiques en revanche, que reste-t-il de ce compagnonnage? Quel a été le sort des PME suisses lors de la rupture des négociations avec l’UE? Comme le montre notre enquête, cette décision du Conseil fédéral n’a certes pas mis à mort le secteur industriel – à l’exception des medtechs, déjà frappées de plein fouet – mais dans beaucoup d’autres secteurs, le sentiment d’avoir une nouvelle fois été oublié prédomine. A-t-on bien mesuré, à Berne, l’impression dégagée par cette coïncidence, soulignée par l’un de nos interlocuteurs? En l’espace de trois mois, on promeut un accord de libre-échange avec la lointaine Indonésie, mais on enterre l’accord-cadre avec l’incontournable et omniprésente Europe.

Comparaison facile

La réalité est difficile à vivre pour des PME plus inquiètes que déçues. L’agriculture, les pharmas, les banques et le tourisme sont et seront toujours mieux considérés, entend-on. Tout le monde se sent concerné par les enjeux autour de la nourriture, des médicaments, de l’argent et des vacances. En face, la machine-outil, les CNC, le fraisage, le décolletage, le honage ou le traitement de surfaces génèrent un intérêt et une empathie bien moindres auprès du grand public. Défendre ces intérêts-ci est donc politiquement moins avantageux.

Attention donc, dans les futurs pourparlers avec l’Union européenne, à ne pas se méprendre. A ne pas oublier l’importance réelle d’un secteur qui emploie plusieurs centaines de milliers de personnes dans le pays. Cette tâche revient aux décideurs politiques. L’industrie est en droit d’attendre que ceux-ci, après le rejet de l’accord-cadre, prennent le temps de comprendre ce qui se joue dans ses ateliers. Qu’ils saisissent mieux la mesure des défis qu’éprouvent ces entreprises et ces PME que l’on adore mettre en avant pour leur capacité à s’adapter au fil des crises. Leur excellence justifie de les féliciter. Elle exige de ne pas les oublier.


Lire également