Editorial

Suisse-UE, une faillite collective

EDITORIAL. L’incapacité de la Suisse à négocier efficacement avec l’UE est imputable à tous – partis, syndicats, patronat –, alors qu’un accord-cadre serait dans l’intérêt national

La montagne a accouché d’une souris. Dans son discours, réaffirmé vendredi, le Conseil fédéral maintient le cap d’un accord-cadre avec l’UE. Mais malgré quatre discussions sur le sujet en un mois, il n’a pas avancé d’un pas dans la délicate question des mesures d’accompagnement qui fâche Bruxelles. Pour la Suisse, celles-ci demeurent une ligne rouge à ne pas franchir. En bref, c’est toujours l’impasse.

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Il est facile de blâmer le Conseil fédéral. Bien sûr, celui-ci a totalement perdu la maîtrise du dossier européen depuis la votation du 9 février 2014, lorsque le peuple a approuvé l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse». Cela fait quatre ans qu’il se déchire sur la voie à suivre. En décembre 2016, il a fallu que le parlement vole à son secours pour mettre en œuvre cette initiative de manière eurocompatible par «la préférence indigène light», mais cela n’a été qu’un court répit. Depuis, l’UE pousse à la conclusion d’un accord institutionnel, qui doit notamment régler les différends avec la Suisse. Par exemple sur ces fameuses mesures d’accompagnement, que Bruxelles juge «disproportionnées».

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Mais il serait faux de faire porter la responsabilité du probable échec – du moins temporaire – de l’accord-cadre au seul Conseil fédéral. Les partis politiques n’ont pas non plus de vision claire dans le dossier européen, à l’exception d’une UDC qui n’aspire qu’à balayer cet accord. Le PLR, le parti du ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis, ne le soutient que mollement. Le président du PDC Gerhard Pfister a appelé à un gel des négociations. Quant au PS, pourtant le parti le plus européen de Suisse, il reste aligné sur les syndicats, qui ont boycotté l’appel de Johann Schneider-Ammann à négocier sur les mesures d’accompagnement et qui veulent maintenant stopper les négociations.

Même topo du côté de l’économie. Si l’association faîtière Economiesuisse souhaite un accord institutionnel, l’USAM se tâte encore. Une partie non négligeable du patronat rejette lui aussi tout assouplissement des mesures d’accompagnement.

Face à une UDC europhobe, le reste de la Suisse est incapable de serrer les rangs pour asséner un message qui devrait être clair: notre pays, qui affiche un volume d’échanges de 1 milliard de francs par jour ouvrable avec son principal partenaire économique, a tout intérêt à consolider une voie bilatérale qui a fait sa prospérité et qui a été taillée sur mesure pour elle, à une époque où l’UE pensait encore que la Suisse allait y adhérer.

Il s’agit là d’une faillite collective, dont on ne se rendra compte des dégâts que trop tard: une lente, mais inexorable délocalisation des emplois.

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