Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Le baron Frans Van Daele, ministre d’Etat, ancien chef, successivement, des cabinets d’Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, et de Sa Majesté le Roi Philippe de Belgique. Le Châble, 6 janvier 2018.
© Dominic Steinmann

Chronique

Suisse-UE: une relation de nature psychiatrique, vraiment?

Après la phrase malheureuse d’une personnalité emblématique de l’Union européenne invitée récemment en Suisse, notre chroniqueuse Marie-Hélène Miauton s’insurge de voir les Suisses traités de malades mentaux

Samedi dernier se tenaient les Entretiens de Verbier, colloque qui s’interrogeait ainsi: «Au-delà de la cacophonie du Brexit, la carte politique de l’Europe s’est sensiblement modifiée en 2017. L’UE, portée par une économie robuste, a pris un nouvel élan politique. En pratique, que signifient ces changements majeurs pour l’avenir de la relation Suisse-UE?» Le ton était donné, qui postulait à la fois que le Brexit relève d’un désordre regrettable, que la reprise économique de l’UE est durable et que son élan politique est patent, toutes choses discutables. La palette des intervenants était évidemment en phase avec ces prémisses et l’un d’entre eux, Frans Van Daele, ancien chef de cabinet d’Herman Van Rompuy et de Sa Majesté le roi Philippe de Belgique, a tenu un propos sur lequel il est important de revenir au risque que, sans démenti, il soit considéré comme avéré.

«Les Suisses ont une relation de nature psychiatrique avec l’Europe. D’abord, ils sont persuadés que Bruxelles veut absolument les dominer, ce qui n’est pas le cas. Ils pensent ensuite que si l’UE y gagne dans un accord, eux y perdent. C’est encore faux. Enfin, ils veulent absolument rester souverains, ne comprenant pas que pour un Etat qui devient membre de l’UE, la souveraineté formelle se transforme en influence réelle.»

Interprétation erronée

En employant le qualificatif «psychiatrique», le baron Van Daele induit que le rapport des Suisses à l’UE relève de la pathologie et non de la raison, ce qu’il conviendrait donc de soigner. Faut-il le dire, ce propos d’un ex-haut fonctionnaire de l’UE concernant les Suisses non enclins à rejoindre l’UE (plus de 80% quand même!) sont inadmissibles et témoignent, une fois encore, du mépris avec lequel les détenteurs du «vrai» considèrent leurs opposants: au mieux comme des imbéciles, au pire comme des malades.

Qu’en est-il des symptômes qui justifient le diagnostic de notre éminent ministre d’Etat? Les Suisses pensent-ils vraiment que Bruxelles veut «absolument» les dominer? Non, bien sûr, c’est là une interprétation erronée. Leur refus d’entamer un processus de rapprochement vient d’un tout autre sentiment: celui que l’accès au marché et les autres nécessités économiques liées à nos échanges avec l’UE, tout importants soient-ils, sont moins vitaux que la préservation de nos spécificités politiques telles que la démocratie directe, l’esprit de consensus ou la neutralité. Certains de la sagesse de leurs institutions et sceptiques sur l’organisation actuelle de l’Union, ils ne sont pas prêts à céder la proie pour l’ombre. A tort ou à raison, cela peut évidemment se discuter, mais sans y voir un quelconque signe d’aliénation.

Souveraineté réelle

Ils ne pensent pas non plus que si l’UE y gagne dans un accord, eux y perdent. Quand la Suisse a-t-elle manifesté cette attitude? Elle a voté à une confortable majorité les différents accords bilatéraux en étant bien consciente qu’ils étaient favorables aux deux parties, de même qu’elle est entrée dans le système Schengen sans rechigner aux sacrifices que cela lui imposait. Ce propos bizarre ne repose donc sur rien sinon sur les difficultés d’aboutir à un accord institutionnel, ce qui tient à son processus d’arbitrage et à l’engagement qu’il suppose quant à l’évolution du droit européen, toutes questions utilement débattues actuellement.

Enfin, nous dit le psychiatre Van Daele, les Suisses veulent absolument rester souverains, ne comprenant pas que pour un Etat qui devient membre de l’UE, la souveraineté formelle se transforme en influence réelle. Qu’ils veuillent rester souverains, c’est un fait mais, à l’inverse de ce qui leur est si adroitement présenté, ils préfèrent une souveraineté réelle à une influence formelle. Ils observent ce qui se passe actuellement: la Pologne mise à l’index, les Anglais conspués, la Hongrie marginalisée, les critères de convergence respectés à la tête du client, le duo franco-allemand revendiquant ouvertement de diriger l’Union… Dès lors, l’influence, ça ne les convainc pas vraiment.

Pas si folle, la guêpe!

Publicité
Publicité

La dernière vidéo opinions

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

Fumer, c’est aussi dangereux que has been. Pour profiter du goût et des effets du CBD sans se ruiner la santé, mieux vaut passer aux vaporisateurs de cannabis, élégante solution high-tech qui séduit de plus en plus de Suisses. Nous les avons testés

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

n/a
© Gabioud Simon (gam)