Le Conseil fédéral donne, depuis le retour en Suisse de Max Göldi, une image à peine plus réjouissante que l’équipe de France après deux matches en Afrique du Sud. «Ça va flinguer», disait la rumeur bernoise. Et de fait, ça flingue. Depuis une semaine, les médias suisses y vont chacun de leur scoop sur tel aspect ou tel épisode de la crise libyenne.

Le Temps ne fait pas exception, qui révèle aujourd’hui que le 18 juillet 2008, dans un courrier adressé aux autorités libyennes, l’ambassade de Suisse à Tripoli a qualifié l’interpellation d’Hannibal Kadhafi le 15 juillet à Genève comme étant «ferme, pleine de tact, discrète et conduite de manière proportionnée». L’arrestation, le lendemain, de Max Göldi et de Rachid Hamdani peut être considérée comme la réponse libyenne à ce courrier.

La source principale de ces fuites semble être l’entourage de certains conseillers fédéraux (ce qui n’est pas le cas de notre information susmentionnée). Comme si la priorité des membres du «collège» gouvernemental était désormais de glisser des peaux de banane sous les pieds de leurs camarades de préau, avant les auditions imminentes de la sous-commission de gestion chargée de faire toute la lumière sur l’affaire Kadhafi.

Ces comportements sont irresponsables. Ils éclairent d’une lumière crue l’amateurisme de nos gouvernants et l’inaptitude du président de la Confédération de l’époque, Pascal Couchepin, d’imposer son autorité aux autres ministres.

S’agissant d’une crise qui s’est déroulée sur une relative longue durée (deux ans), on pouvait espérer que les conseillers fédéraux aient le temps de reprendre leurs esprits et de s’entendre en amont de la libération de Max Göldi afin de mieux verrouiller l’information par la suite. L’usage du secret d’Etat pour résoudre des crises liées à des prises d’otages est en effet à la fois parfaitement compris par le public et crucial pour la crédibilité du gouvernement qui négocie.

Tout au contraire, la Suisse s’achemine vers un grand déballage, lequel va sans doute pointer des responsabilités individuelles mais surtout démontrer une incapacité collective à faire face aux pressions d’un pays comme la Libye, pourtant pas une grande puissance mondiale.

La facture Kadhafi s’alourdit ainsi de jour en jour. A l’humiliation, à la rançon et aux conclusions possiblement désagréables du futur tribunal arbitral, il faut désormais ajouter l’explosion de la cohésion et du savoir-faire de notre gouvernement.