Le sport traverse une période intense. Sur le plan national, l’exploit de l’EV Zoug – champion de Suisse après avoir été mené 3-0 en finale des play-off – restera longtemps dans les mémoires des fans de hockey. Il en sera de même, pour les amoureux du ballon rond, de la demi-finale retour de la Ligue des champions opposant le Real Madrid et Manchester City, qui a finalement tourné en faveur du club espagnol. Quant aux passionnés de basketball, ils viennent de s’enthousiasmer sur les quarts de finale de l’EuroLeague.

Créée lors de la saison 2000-2001 par l’ULEB, organisme indépendant de la Fédération internationale de basketball, cette compétition peut aider à préfigurer les conséquences qu’aurait, pour les finances des clubs européens de football, l’avènement d’une «Super League» gérée par une société commerciale. Augmenter les recettes via un spectacle concentrant les meilleurs talents tout en réduisant l’aléa sportif à travers une ligue fermée devrait restaurer la profitabilité des clubs: il s’agit du moins de l’argument avancé par les douze qui ont tenté, en avril 2021, de créer un tel championnat supranational.

Or, la situation financière des clubs de basket évoluant en EuroLeague est loin d’être idyllique. Pour s’en convaincre, il est utile de regarder la composition des équipes qui participeront au Final Four de cette compétition fin mai: le tenant du titre turc, l’Anadolu Efes, fortement soutenu par une puissante holding du même nom, ainsi que les sections basket des clubs omnisports de l’Olympiakos Pirée, du Real Madrid et du FC Barcelone. Ce n’est pas un hasard de retrouver ces clubs, dont les équipes masculines de football participent régulièrement à la prestigieuse Ligue des champions. En effet, en l’absence d’un magnat compensant les pertes d’exploitation des clubs de basketball comme pour l’Anadolu Efes, ce sont les sections football qui viennent assouplir les contraintes budgétaires des clubs omnisports.

Déficits récurrents

A titre d’exemple, le FC Barcelone, leader de la saison régulière de l’EuroLeague, dispose d’une masse salariale de 34,8 millions d’euros, lui permettant de recruter des joueurs de premier plan comme Nikola Mirotic. Or, cet investissement n’est possible qu’à travers le soutien de la section football, qui compense des pertes annuelles estimées à 27,4 millions d’euros, malgré – soit dit en passant – un déficit récurrent et une dette estimée à plus d’un milliard d’euros. Dans l’histoire de l’EuroLeague, seul l’Anadolu Efes a réussi à inscrire son nom au palmarès sans le soutien d’une section football. Un exploit qui n’a été rendu possible qu’à travers les largesses de son actionnaire.

La création d’une ligue européenne fermée n’a donc pas permis d’améliorer la profitabilité des meilleurs clubs de basketball continentaux. Ce résultat fait écho aux déficits des franchises nord-américaines évoluant en Major League Baseball, autre exemple de «Super League». Cela n’a rien de surprenant lorsque l’on se rappelle que toute augmentation des revenus des clubs professionnels génère automatiquement une hausse proportionnelle des dépenses… et donc des déficits des clubs, si la ligue n’est pas capable de mettre en place des mécanismes de régulation efficaces mettant fin à la course à l’armement entre clubs.

Le projet n’est pas mort

A ce jour, seule la National Football League (compétition de football américain) semble être réellement parvenue à assurer la profitabilité de ses franchises via une gouvernance efficace de son cartel (partage égalitaire des recettes et strict plafond financier par exemple). C’est moins le cas des autres ligues sportives nord-américaines – malgré les exceptions aux lois antitrusts dont elles disposent – et a fortiori des ligues européennes, qu’elles soient privées ou non, prétendues «super» ou non.

La «Super League» de football a longtemps été un serpent de mer agité par les grands clubs pour peser lors des négociations avec l’UEFA au moment de définir le format des compétitions ou la clé de répartition des droits audiovisuels. Ces derniers mois, elle est passée du stade de menace à celui d’un projet établi, qui est encore soutenu par le Real Madrid, le FC Barcelone et la Juventus Turin.

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Ces clubs attendent la réponse de la Cour européenne de justice sur la légalité des sanctions prononcées par l’UEFA à leur égard pour éventuellement relancer leur projet. Ils ne se rendent pas compte que la Super League représente pour eux un miroir aux alouettes: elle ne permettra pas de restaurer leurs finances sans mécanismes de gouvernance adaptés. Ceux-ci pourraient d’ailleurs tout aussi bien être établis dans le cadre des compétitions actuelles. A ce titre, la réforme du fair-play financier de l’UEFA semble bien plus prometteuse que la création d’une compétition fermée.

* Mickael Terrien est responsable académique du certificat Politique et management public du sport délivré par l’Institut de hautes études en administration publique (Idheap) ainsi que du Certificat in Football Management par l’Idheap en partenariat avec l’UEFA Academy.

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