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Isabel de Saint Malo, vice-présidente du Panama, et Wang Yi, ministre chinois des Affaires étrangères, célèbrent l’établissement de leurs relations diplomatiques. Pékin, 13 juin 2017
© GREG BAKER / AFP PHOTO

Nouvelles frontières

Supplice chinois pour Taïwan

A Genève, Pékin force l’ONU à bloquer l’accès des Taïwanais au Palais des Nations. C’est à l’image de ce que fait la Chine pour isoler l’île du reste du monde, écrit notre chroniqueur Frédéric Koller

Li-chuan Liuhuang est furieuse. L’enseignante de l’Université nationale Chung Cheng de Chia-Yi, à Taïwan, a fait un long voyage jusqu’à Genève, où elle a subi, avec trois de ses étudiants, humiliation sur humiliation. En fin de semaine, elle espérait encore accéder à l’Organisation internationale du travail (OIT), qui tient sa réunion annuelle, en tant que représentante d’un syndicat. Mais l’accès au Palais des Nations est désormais impossible pour un citoyen taïwanais, qu’il soit un officiel ou un simple touriste, à moins qu’il soit double national ou se présente avec un document d’identité de la République populaire de Chine. En clair, Pékin impose aujourd’hui un ordre sans faille à l’ONU: le respect du principe d’une seule Chine.

«Je ne suis pas Chinoise, je suis Taïwanaise!»

Il n’a jamais été simple pour un Taïwanais de se présenter dans un bâtiment de l’ONU depuis que Pékin a remplacé Taipei comme représentant de la Chine en 1971. Longtemps, toutefois, les agents de sécurité chargés des contrôles ont eu une certaine latitude pour laisser entrer les Taïwanais avec un document d’identité délivré par la République de Chine – c’est-à-dire la Chine nationaliste établie à Taïwan depuis 1949.

Mardi, Li-chuan Liuhuang a reçu cette explication: le passeport taïwanais n’est plus reconnu comme une pièce d’identité suffisante. Soit elle possède un second passeport d’un autre pays, soit elle doit présenter une carte de résident en Chine, un document délivré depuis quelques années par Pékin aux ressortissants taïwanais pour qu’ils puissent se rendre en République populaire de Chine. «Pékin force les Taïwanais et l’ONU à utiliser ses documents. Mais je ne suis pas Chinoise, je suis Taïwanaise!» insiste la professeure assistante.

Pékin impose la fin de la tolérance

Li-chuan Liuhuang et ses étudiants se sont ainsi vu refuser l’accès à la tribune publique du Conseil des droits de l’homme, qui tient en ce moment une session. Elle souligne ce paradoxe: alors que la justice de Taïwan vient d’accepter le principe du mariage homosexuel et que l’île entame un débat pour supprimer la peine de mort – ce qui en fait une pionnière en Asie – ses habitants sont empêchés d’assister aux débats du forum mondial sur les droits de l’homme par l’un des principaux violateurs de ces mêmes droits: la Chine.

Pugnace, Li-chuan Liuhuang a interpellé la vice-directrice du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, Kate Gilmore, une femme qui n’avait pas hésité à s’afficher aux côtés du dalaï-lama l’an dernier lors d’une conférence à la Maison de la paix, provoquant la fureur des diplomates chinois. Une requête restée sans réponse.

«L’ONU respecte le principe d’une seule Chine»

La Taïwanaise sait toutefois à quoi s’en tenir puisqu’elle a rencontré, au hasard d’un dîner, le directeur de l’ONU à Genève, Michael Møller. Selon Li-chuan Liuhuang, ce dernier lui a expliqué qu’il ne pouvait pas résoudre un problème – son accès à l’ONU – en en créant un autre – l’intervention de Pékin: «L’ONU respecte le principe d’une seule Chine», a-t-il conclu. Ce qui est un fait. Mais là où existait autrefois une certaine tolérance s’applique aujourd’hui une rigueur qui choque la professeure et ses étudiants. Le mois dernier, c’était l’OMS qui avait fermé ses portes aux représentants de Taïwan, alors que l’île avait obtenu un statut d’observateur ces dernières années.

Plus de protecteur américain

Pourquoi ce changement d’attitude? Faut-il faire un lien entre ces consignes plus strictes et la récente visite à Genève du président Xi Jinping? Ce qui est certain, c’est que Pékin met la pression sur Taïwan. Le pouvoir «communiste» n’a pas digéré l’élection, l’an dernier, d’une femme issue du camp indépendantiste, Tsai Ing-wen, à la tête de l’île. Il veut faire payer au peuple taïwanais son erreur de jugement. Il le fera d’autant plus qu’il se sent en position de dicter son agenda, y compris sur la scène internationale.

C’est ainsi qu’en début de semaine, à Pékin, les ministres des Affaires étrangères panaméen et chinois annonçaient l’établissement de relations diplomatiques au détriment de Taipei. Taïwan – qui a encore des liens avec 19 Etats, dont le Vatican – n’a rien vu venir. Un désastre. L’île pensait pouvoir compter sur les Etats-Unis, qui contrôlent Panama, pour éviter ce scénario avec l’un de ses derniers alliés stratégiques. Ce n’est plus le cas avec Donald Trump. Pékin a compris qu’il pouvait aller de l’avant.

Conclusion de Li-chuan Liuhuang: «Vous avez entendu parler de cette torture utilisée sous la dynastie des Ming, celle où le bourreau épluche le corps des suppliciés jusqu’à ce que mort s’ensuive? Eh bien, c’est ce que nous fait subir la Chine aujourd’hui.»

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