La tragique actualité de Paris ne pouvait mieux servir le nouveau projet de rapport sur la politique de sécurité que le Conseil fédéral vient de publier (LT 12.11.2015).

La menace du terrorisme liée au djihadisme est décrite comme l’une des plus réelles et des plus graves, y compris pour la Suisse. Elle s’est encore aggravée ces dernières années, en raison de l’évolution de la situation en Syrie, en Irak et en Libye, «vastes et fertiles terreaux propices au développement du terrorisme». L’émergence de l’organisation terroriste «Etat islamique» accentue ce phénomène d’une ampleur et d’une forme inédites. «Le nombre de voyageurs à motivation djihadiste et de terroristes potentiels provenant de pays européens est en augmentation et présente un grave problème de sécurité qui touche également la Suisse», dit le rapport. Même si notre pays est moins exposé en raison de son contexte social et de sa politique extérieure moins controversée, il doit tenir compte «de la menace grave et durable que constitue le terrorisme djihadiste».

Rapport sobre, accessible et complet

Le rapport comporte près de 80 pages. Il est sobre, accessible et complet, traitant à la fois des aspects généraux de la politique de sécurité dans sa composante extérieure et dans sa dimension de politique interne. Il passe en revue les instruments à disposition, les détails de l’organisation et le partage des compétences entre la Confédération et les cantons. Il est soumis à consultation.

Faisant suite à un précédent rapport datant de 2010, le document relève que depuis cinq ans, la sécurité de la Suisse a connu des «développements significatifs»: le plus inattendu est la détérioration forte et durable des relations entre l’Occident et la Russie du fait de l’intervention de cette dernière en Crimée et dans l’est de l’Ukraine. Même s’il est peu probable que la Suisse soit elle-même victime d’une agression, l’éventualité d’un conflit armé en Europe, dont nous aurions immanquablement à subir les conséquences, n’est plus à écarter.

Troisième facteur de risque que le rapport met en évidence: les abus dans le cyberespace, susceptibles de provoquer des dommages matériels allant jusqu’à la paralysie de secteurs entiers de l’économie, voire de la vie publique.

Risques de cyber-attaques en augmentation

Par rapport à 2010, le nombre d’Etats, d’organisations, de groupes ou d’individus aptes à déclencher des cyber-attaques, diffuser de la propagande ou employer des armes sophistiquées est en augmentation. Ils s’affranchissent allégrement des frontières – la géographie, la distance ne comptent pas. Ils contribuent par là à rendre encore plus complexes les risques qui pèsent sur la sécurité du pays.

Plusieurs de ces éléments peuvent se combiner: une catastrophe naturelle ou une panne de courant provoquée par une cyberattaque pourrait entraîner par exemple des difficultés d’approvisionnement et une dégradation de l’ordre public.

Le rapport contient une double surprise. Il se réclame de la sécurité par la coopération, vieille notion de la fin des années 90 qui paraissait tombée en désuétude. La Suisse doit préserver l’indépendance de ses informations et de ses actions, elle ne veut pas entrer dans des alliances: elle doit donc coopérer avec ses partenaires. Dans cet esprit, elle continuera à participer aux programmes de l’OTAN auxquels elle s’intéresse et qui sont en pleine mutation.

Puis le texte se réfère aux opérations de paix de l’ONU, récemment remodelées par le Secrétaire général Ban Ki-moon pour tenir compte des conditions changeantes qui entourent ses missions. La Suisse est candidate à un siège au Conseil de sécurité: «Les engagements futurs de la Suisse dans le cadre de la promotion militaire de la paix pourraient s’inscrire davantage dans des missions conduites par l’ONU elle-même.» On en vient à se demander si le conseiller fédéral Ueli Maurer a bien relu le rapport qu’il a présenté…

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