Opinions

Sursaut moral?

Par Luis Lema

Les Américains n'ont pas participé mardi à des élections législatives. Même s'ils ont fait mine de montrer le contraire, ils se sont prononcés par référendum sur les méthodes employées par les républicains pour démolir leur président. Or le résultat de ce référendum est sans appel: rien ne justifie le traitement que l'on a fait subir à Bill Clinton, ont-ils dit; aucun «Monicagate» n'autorise à traîner ainsi dans la boue le plus haut dignitaire politique des Etats-Unis, que les électeurs avaient porté au pouvoir en connaissance de cause, si l'on peut dire, vu les autres «affaires» que Clinton traîne derrière lui depuis des années.

Après s'être régalés jusqu'au dégoût de talk-shows consacrés aux frasques présidentielles, les Américains ont ainsi fait montre d'un sursaut qui peut presque être qualifié de moral, dans un sens toutefois passablement différent de celui que propose la coalition conservatrice qui s'est juré la perte du président. De son côté, Clinton a fini de prouver que son surnom de «président Téflon», gagné grâce à son talent de faire glisser sur lui scandales et difficultés, est encore bien en deçà de la réalité: converti en victime d'une machinerie de destitution déréglée et comme un peu folle, le président a réussi à rassembler derrière lui non seulement son électorat traditionnel, mais aussi tous ceux qui, à un degré ou un autre, peuvent se considérer laissés pour compte par le système américain.

Plus profondément pourtant, et au-delà du destin du président, les résultats de cette élection du mid-term sont peut-être aussi le signe d'une lente érosion du parti républicain dans ce qu'il a de plus clairement réactionnaire. Même si, à l'échelle nationale, les parlementaires républicains continuent aujourd'hui encore d'être majoritaires, le Grand Old Party se montre de plus en plus incapable d'accompagner l'évolution de la société américaine. En s'agrippant des deux mains au conservatisme moral il peine, surtout, à trouver les moyens de répondre aux besoins de minorités dont le poids électoral est de plus en plus prononcé. Ce n'est pas par hasard si les succès républicains les plus significatifs de cette élection sont ceux des deux fils Bush, qui ont eu tout loisir de méditer la double erreur qui coûta sa place à leur président de père: ne pas se démarquer suffisamment de la droite et ne pas prendre en considération les minorités noire et hispanique.

Sans doute indirectement victime lui aussi de ce recentrage réclamé par les électeurs, le sénateur de New York Alfonse D'Amato est remercié sans qu'il ait recueilli les fruits de sa victoire face aux banques suisses. Une bible dans une main, le fusil dans l'autre, D'Amato était devenu l'emblème de la «diplomatie western» qu'ont pratiquée ces dernières années les sénateurs qui s'étaient emparés des manettes de la politique étrangère américaine. Les parias internationaux qu'avaient désigné ce quarteron fanatique – Libye, Irak, Soudan, Cuba et… Suisse – apprécieront.

Publicité