Editorial

Le sursaut nécessaire des partis politiques

EDITORIAL. Coresponsables de l’enlisement qui bloque les réformes en Suisse, les partis politiques sont confrontés aux nouveaux acteurs de la «démocratie digitale». Et si l’on pouvait faire sans eux?

Les partis politiques suisses, du moins ceux qui sont associés au gouvernement, ont à relever un double défi, pour leur crédibilité et pour leur survie. Ils doivent convaincre qu’ils restent incontournables comme instruments centraux de la politique. Et pour cela démontrer qu’ils sont encore capables de faire avancer le pays.

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La responsabilité des partis est largement engagée, autant que celle des citoyens, dans le sentiment d’enlisement que donne une Suisse incapable de faire aboutir ses réformes les plus indispensables. Les nouvelles politiques de la retraite, de la santé, de l’agriculture, ou de nos relations avec nos voisins européens peuvent-elles sortir de l’ornière des petits calculs politiciens?

Ces piliers de la démocratie représentative que sont les partis saisissent aujourd’hui plus souvent qu’à leur tour, à coups d’initiatives et dans une confusion des rôles, les armes de la démocratie directe. La polarisation et les alliances contre nature dominent tour à tour le paysage politique.

On en vient même à lier dans un même paquet l’AVS et l’impôt sur les entreprises, faute de pouvoir présenter des solutions crédibles sur chacun de ces importants enjeux. Ce marchandage d’un nouveau type peut-il permettre d’avancer? Les citoyens risquent d’y voir plutôt de la compromission et une tentative de les court-circuiter.

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Risque de dispersion

Nos partis politiques sont au même moment secoués par l’arrivée des nouveaux acteurs de la «démocratie digitale» et s’inquiètent: et si l’on allait faire sans eux? Une plateforme de récolte de signatures en ligne affirme avoir désormais les forces suffisantes pour imposer une votation fédérale, grâce à une mobilisation rapide, efficace et peu coûteuse. La jeune génération préfère s’enflammer pour telle ou telle cause plutôt que pour la ligne générale d’un camp politique.

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A un an des élections fédérales, même s’ils sont déjà obnubilés par les calculs de pourcentages, les partis doivent voir cette concurrence comme une chance, s’en inspirer. Face au risque de dispersion de la démocratie online, ils restent les meilleurs creusets pour consolider une opinion et l’inscrire dans une vision cohérente du monde. Que les nouvelles technologies favorisent une vague d’antiparlementarisme au nom du peuple, rien ne serait plus néfaste.

Mais les partis doivent impérativement revoir leur fonctionnement, s’adapter aux besoins de la société actuelle, adopter la transparence financière dont se revendiquent les nouveaux mouvements sociaux, vivifier la démocratie interne en consultant davantage leur base, cultiver leur créativité à la recherche des bonnes idées. Sinon, l’innovation politique se fera sans eux.

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