Dans la soirée du 3 novembre 1996, une puissante Mercedes emboutit un camion près de la petite ville de Susurluk, en Anatolie. De la carcasse fumante du véhicule, on retire trois cadavres: le premier est celui d'Abdullah Çatli, ultra nationaliste recherché pour meurtre, condamné pour trafic de drogue en France, évadé des prisons suisses, et qui a fourni l'arme de la tentative d'assassinat contre le pape. A ses côtés, une chanteuse: sa compagne. Le troisième, enfin, est celui d'Hüseyin Kocadag, le numéro deux de la police d'Istanbul. Le seul survivant sera Sedat Bucak, un député du parti de Tansu Çiller (alors au pouvoir). Dans le coffre du véhicule, on trouve des armes de poing et des faux papiers signés par le ministre de l'intérieur: Mehmet Agar. Celui-ci est contraint à la démission.

Il faudra deux ans pour lever l'immunité parlementaire du député et de l'ancien ministre. En avril dernier, le procureur en chef de la Cour de Sûreté de l'Etat requiert des peines de 11 à 20 ans de prison pour Agar et 7 à 15 ans pour Bucak. Agar est accusé d'association de malfaiteur, défaut d'information aux autorités quant au lieu de résidence d'un fugitif et abus de pouvoir. Courageusement, la Cour se déclare incompétente au bout d'un mois. La seule personne qui ait été arrêtée, jugée et condamnée dans cette affaire dite «de Susurluk», c'est le chauffeur du camion. E. B.

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