Editorial

A quand le «Swiss made 2.0»?

A l’heure où les smartwatches n’apparaissent plus comme une simple mode mais comme un phénomène appelé à durer, comment expliquer que l’industrie horlogère suisse n’ait pas encore défini clairement les critères du «Swiss made» pour les montres connectées?

C’est l’inévitable revers de la médaille. Si estimées et si valorisées, les montres suisses figurent parmi les produits les plus imités au monde. Loin de s’affaiblir avec le temps, ce marché qui génère plusieurs dizaines de millions de pièces par an semble toujours se perfectionner. Notre reportage le raconte: les clients qui croient naïvement faire une bonne affaire ou ne cherchent qu’un nom prestigieux sur un cadran trouvent désormais sur les étalages chinois des copies mécaniques à quelques milliers de francs, plus vraies que nature.

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Fragile barrière contre ce fléau: le «Swiss made». Renforcé depuis le 1er janvier dernier, ce label continue d’essuyer une pluie de critiques. C’est que la bataille fratricide qui a divisé les horlogers lors des débats parlementaires sur la loi «Swissness» a mis en lumière toutes ses ambiguïtés. Sans compter qu’il est évidemment trop réducteur de juger de la qualité suisse à l’aune de pourcentages compliqués et de calculs savants. Néanmoins, ce «Swiss made» donne une indication claire au consommateur et permet à la Fédération horlogère (FH) de traquer et de sanctionner les entreprises peu scrupuleuses qui abusent de l’écusson rouge à croix blanche. C’est un label imparfait, certes, mais il reste indispensable.

Dès lors, on s’interroge. A l’heure où les smartwatches n’apparaissent plus comme une simple mode mais comme un phénomène appelé à durer, à l’heure où les plus grands groupes horlogers (Swatch Group, Richemont, LVMH, etc.) annoncent ou réalisent des percées crédibles sur ce segment, à l’heure d’une foire de Bâle qui accueille pour la première fois un géant de l’électronique – Samsung – venu présenter des montres uniquement connectées, pourquoi la «suissitude» de cette nouvelle génération de garde-temps n’est-elle pas encore explicitement définie?

Le Conseil fédéral souligne que, pour mériter ce fameux label, le «logiciel» de la smartwatch doit être suisse. Problème: personne n’a clarifié à quoi renvoyait ce mot-clé. Au système d’exploitation? Aux applications de la montre? Aux microprogrammes qui pilotent les composants? La FH admet cette lacune et prévoit d’interpréter la loi au cas par cas. C’est insuffisant.

Aujourd’hui, il ne faut que trois mois pour réunir une poignée de composants chinois et produire une smartwatch fonctionnelle de qualité moyenne. Les horlogers suisses qui investissent des millions de francs dans des lignes de production chaux-de-fonnières ou dans le développement d’écosystème numérique neuchâtelois devraient s’inquiéter de ce flou juridique. Et se battre activement pour un «Swiss made 2.0» crédible. Cela permettra aux montres connectées suisses de rester aussi estimées et valorisées que leurs cousines plus traditionnelles. Et leur conférera un avantage compétitif qui ne sera pas de trop face aux géants asiatiques et américains.

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