Désavoué par le Conseil fédéral, Jens Alder n'avait pas le choix. Formé à la libre entreprise, l'homme n'était pas disposé à devoir faire moins d'affaires avec plus d'Etat. ll quitte logiquement le bateau. Le 21 décembre, le gouvernement a coupé les ailes de Swisscom, puni de son caractère volage trop marqué en «terre étrangère». Les sept Sages - expression bizarrement tombée en désuétude - obligent l'opérateur téléphonique à distribuer ses réserves et à limiter fortement ses possibilités d'endettement.

Faute de pouvoir investir librement dans son développement, Swisscom a donc logiquement annoncé le prochain remboursement de 1,5 milliard de francs aux actionnaires.

Etrange situation. La Confédération, actionnaire majoritaire d'une société cotée en Bourse, édicte des directives qui ont immédiatement des retombées sonnantes et trébuchantes dans sa caisse déficitaire.

Le Conseil fédéral n'est pas le seul à faire passer ses intérêts avant ceux de l'entreprise. Les députés s'apprêtent à utiliser le dossier Swisscom à des fins électoralistes.

Accélérer ou traîner les pieds pour faire tomber la décision finale avant ou après la campagne électorale: cette question obsède bien des élus à l'Assemblée fédérale, qui craignent d'y perdre leur siège en automne 2007.

La gauche a avantage à se mettre dans la peau du lièvre en insérant la libéralisation de Swisscom, projet fortement impopulaire, dans les thèmes de campagne. La droite, au contraire, a intérêt à revêtir la carapace de la tortue en enterrant le dossier jusqu'en 2008.

Swisscom souffrira dans les deux cas. Si la gauche gagne, la Confédération, actionnaire majoritaire, continuera à brider l'entreprise asphyxiée sur un marché national de plus en plus concurrentiel.

Si la droite l'emporte, la privatisation interviendra trop tard. Swisscom aura vu filer les occasions de développement à l'étranger. Affaibli, l'ex-géant bleu sera alors une proie facile offerte aux opérateurs étrangers. Scénario pessimiste? Quelques analystes financiers tablent déjà sur une forte baisse du bénéfice et une stagnation du chiffre d'affaires de l'entreprise dès 2006.

Carsten Schloter, au sens commercial aiguisé, est bourré d'idées. On ne peut que lui souhaiter bon vent. Il lui manque une seule chose: le pouvoir de déplacer la date des élections fédérales.

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