Oui, SwissCovid est utile. Affirmons-le d’emblée, comme nous l’avions déjà exprimé ici l’année passée. L’application de traçage des contacts a permis à des personnes asymptomatiques, alertées par une notification, de se faire tester. Et ensuite de se mettre en isolement à la suite d'un test positif. Un test qu’elles n’auraient sans doute pas fait sans l’application. SwissCovid permet d’éviter de nouvelles contaminations, voire des hospitalisations et des décès. Combien? Des dizaines, des centaines? Nous ne le saurons jamais.

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Six mois et demi après le lancement de cette app, il est temps d’entamer une réflexion plus profonde. Nous le disions en juin déjà: SwissCovid n’est qu’un petit outil parmi tant d’autres pour lutter contre le virus. Aujourd’hui, on se rend compte que cet outil numérique aurait pu être nettement plus utile. Car la technologie, en soi, ne sert presque à rien. C’est en étant accompagnée d’une réflexion beaucoup plus large, en intégrant des éléments humains et organisationnels, qu’elle peut (ou aurait pu) déployer des effets plus positifs encore à large échelle.

Parfaite du point de vue technique, de la sécurité et du respect de la vie privée, l’app s’est vite heurtée à des obstacles majeurs. Il y a eu son intégration laborieuse au sein du système de santé: débordés et parfois réticents à travailler avec l’app, des médecins cantonaux ont souvent livré avec retard, voire parfois pas livré du tout, les codes permettant d’alerter son entourage.

Pas de quoi susciter l’enthousiasme autour de cette app, dont le nombre d’utilisateurs n’a pas bougé entre fin octobre et aujourd’hui. Les promoteurs de SwissCovid ont aussi sous-estimé les dégâts, dans l’opinion, causés par les critiques – injustifiées – liées à sa sécurité.

L’app est aussi sans doute sous-utilisée pour une autre raison, toute simple: la volonté de ne pas inciter amis, membres de sa famille ou collègues à se mettre en quarantaine en cas de résultat positif. Mais aussi le fait de ne pas vouloir recevoir de notification, par crainte de devoir se mettre soi-même en isolement. C’est, en réalité, comme pour les tests: certaines personnes ne les font pas, par crainte des conséquences pour leur emploi ou leurs relations sociales.

La Suisse peut se vanter, avec raison, d’avoir les meilleurs ingénieurs du monde. Mais sans une vision plus large sur leur acceptation sociale, les technologies les plus brillantes ne sont, au final, qu’une suite de lignes de code.