Opinions

Le syndicat courbe l'échine. Par Christophe Roulet

Le baroud d'honneur du Syndicat de l'industrie, de la construction et des services (FTMH) aura été vain. Il y a dix jours à peine, ses délégués refusaient à l'unanimité d'entériner la nouvelle convention collective de travail de l'industrie des machines, pourtant âprement disputée durant sept longs mois de négociations. Son intention: faire plier les employeurs sur une revendication majeure, à savoir une réduction du temps de travail en compensation de l'annualisation des heures. A l'issue de cette réunion, les délégués n'avaient pas de mots assez durs pour fustiger l'attitude monolithique de l'Association patronale suisse de l'industrie des machines (ASM), dénonçant au passage une rupture du partenariat social. Ces appels à la révolte, avec en point de mire une remise en question de la paix sociale, n'auront finalement été qu'un coup d'épée dans l'eau. L'ASM est restée campée sur ses positions et la FTMH a fini par accepter lundi une convention déjà approuvée par les cinq autres organisations d'employés.

Les enjeux de cette nouvelle convention étaient beaucoup trop importants pour que la FTMH se paie le luxe de la refuser. Financiers d'abord. En faisant cavalier seul, la Fédération se serait coupée d'une manne de quelque 4,5 millions versés par les employeurs au syndicat pour encourager la formation continue notamment. Une attitude frondeuse de la FTMH aurait majoré d'autant les cotisations de ses membres, avec comme conséquence probable, la défection de nombre d'entre eux.

Le principal défi réside cependant dans l'organisation du travail. Car il est indéniable que cette nouvelle convention d'un des secteurs les plus importants de l'économie suisse comporte son lot de solutions originales. L'annualisation des heures est certes une amélioration avant tout profitable aux entreprises en quête de flexibilité. Le compte de longue durée, permettant aux employés de cumuler leurs heures en vue de congés ultérieurs ou de retraite anticipée, est une contrepartie très acceptable. Quant à la semaine supplémentaire accordée par le patronat, elle réduit de facto le temps de travail à l'équivalent de 39 heures hebdomadaires.

Cet ensemble de mesures n'ayant toutefois pas un caractère contraignant, il aurait été fâcheux pour les comités d'entreprise de se voir écartés des discussions permettant leur application au profit des employés. La FTMH n'a pas été aussi loin, bien consciente qu'elle a encore un rôle à jouer pour défendre sa base. L'eût-elle lâchée à un jour de l'entrée en vigueur de la nouvelle convention, qu'elle aurait prêté le flanc à la critique. Non pas tellement pour des questions financières mais surtout pour avoir refusé ce qui représente à ce jour une réelle percée dans le monde helvétique du travail. La Fédération n'a pas eu gain de cause sur une réduction linéaire du temps. Mais il est des combats idéologiques que l'on ne saurait envisager autrement que sur la durée.

Publicité