Éditorial

Les syndicats français doivent être responsables

OPINION. Le succès de la grève de ce jeudi 5 décembre donne aux syndicats français un moyen de peser lourd dans le débat en cours sur les retraites. Ils doivent maintenant démontrer qu’ils sont capables de défendre autre chose que des avantages acquis pour le secteur public

Une grève est toujours un rapport de force. Celle qui a mobilisé plusieurs centaines de milliers de personnes en France jeudi, et risque de paralyser plusieurs jours encore le système scolaire et les chemins de fer, est, sous cet angle, une réussite pour les syndicats qui l’ont mené. Les sondages, qui indiquent un fort soutien de la population pour ces arrêts de travail et pour ces manifestations, destinés à entraver l’actuel projet de réforme des retraites, doivent aussi être pris en compte. L’opinion voit cette résistance sociale plutôt d’un bon œil. La lucidité impose donc au gouvernement d’en tenir compte.

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Oublions néanmoins, pour une fois, Emmanuel Macron et son premier ministre, Edouard Philippe. Et dirigeons le projecteur vers ces mêmes syndicats dont on sait qu’en France la représentativité est faible, et que certains – comme la CGT – sont surtout cantonnés dans l’administration, les services publics, et les grandes entreprises au sein desquelles l’Etat demeure omniprésent. Seule la CFDT réformiste a, parmi eux, jusque-là pris le risque de proposer un «donnant-donnant» à l’exécutif. Lequel a commis l’erreur de ne pas accepter sa main tendue en début de quinquennat.

Faut-il en rester là et revenir à la guerre de tranchées sociale, en attendant de voir si la rue, comme ce fut le cas durant l’hiver 1995, fera reculer le gouvernement? Au vu des enjeux qui se cachent derrière le régime des retraites – enjeu d’égalité entre salariés du public et du privé, enjeu de pouvoir d’achat, enjeu de solidarité générationnelle – la réponse est non. La France a plus que jamais, en ces temps de colères populaires, besoin de syndicats responsables.

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Cette évidence doit être acceptée par l’Elysée, tenté depuis son élection par le contournement des «corps intermédiaires». Sur le fond, redisons-le ici, le président français a raison de vouloir réformer un système de retraites par répartition, assuré – compte tenu du vieillissement de la population, de la faible croissance économique et du taux de chômage toujours élevé – d’être de plus en plus coûteux et de moins en moins supportable. Mais il ne peut pas en être le seul inspirateur, en résumant la concertation à quelques grands débats ou rapports d’experts. Aux syndicats français de s’avancer, de proposer et de démontrer qu’ils ne sont pas arc-boutés sur un conservatisme passéiste qui met en péril l’avenir des jeunes générations. Leur courage doit être à la hauteur de cette mobilisation.

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