Depuis quinze mois, le monde entier assiste, dépassé, à la gestation d’une guerre civile en Syrie. Le massacre de civils à Houla, dont Damas se disculpe en dépit des évidences, scelle quasi officiellement l’échec du plan de Kofi Annan. L’initiative du médiateur de l’ONU et de la Ligue arabe avait valeur de mission de la dernière chance. Aucun de ses six points n’aura été mis en œuvre depuis le début de la prétendue trêve le 12 avril. Les violences ont un temps reflué, avant de reprendre avec une furie sans précédent.

Ce plan a une vertu et une seule: celle d’être parvenu, par son insuccès, à démontrer, au-delà de tout doute possible, qu’aucune discussion ne pourrait jamais ramener le régime de Bachar el-Assad à la raison. Dont acte: puisqu’il n’y a aucune paix à attendre d’une éventuelle négociation, à laquelle les Syriens, civils, militaires ou politiques en exil, sont de toute façon irrémédiablement opposés, les pays occidentaux ont décidé hier de rompre le canal diplomatique en expulsant les représentants syriens de leurs capitales. Qu’engendrera ce nouvel assaut de réprobation internationale? Peut-être un renforcement des sanctions et d’autres discussions au Conseil de sécurité, notamment sur une saisine de la Cour pénale internationale. Rien qui permettra de renverser la situation.

La voie d’une intervention extérieure appelée à cor et à cri par l’opposition, à l’image de celle de l’OTAN en Libye, reste barrée. Trop risquée: la Syrie est plus densément peuplée que la Libye, et son armée autrement plus redoutable. L’éventualité d’un approvisionnement des rebelles en armes continue de diviser; en rééquilibrant les forces, il précipiterait plus encore le pays dans la violence. L’option d’une Russie usant de son influence auprès de Damas pour la mise en œuvre d’une «solution à la yéménite», qui verrait Bachar el-Assad exfiltré confier le pouvoir à un autre cacique du régime, est elle aussi peu plausible. Tout laisse à penser que Moscou continue d’armer Damas, et les Syriens soulevés ne transigeront pas avec des aménagements cosmétiques au sommet de l’Etat. Quel que soit l’angle de réflexion, aucune solution ne semble pouvoir, aujourd’hui, prémunir la Syrie d’un conflit majeur et durable, porteur de déstabilisations dans toute la sous-région. Déjà, il menace de contaminer le Liban. ö Page 4