Éditorial

Syrie, se soucier des vivants

ÉDITORIAL. La Russie pousse à un rapprochement entre Ankara et Damas. Si cela permet de diminuer l’intensité du conflit, les Européens peuvent-ils s’y opposer?

C’est une perspective inavouable pour beaucoup d’Européens, mais il est désormais temps de la regarder en face. La guerre en Syrie pourrait s’achever grâce à une solution russe et Bachar el-Assad rester au pouvoir. Derrière l’accord conclu mardi entre Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine se cache le véritable objectif de Moscou: pousser Ankara à reprendre langue avec Damas. Le président Erdogan n’est d’ailleurs pas uniquement mis sous pression par la Russie. Une partie de la classe politique turque l’appelle aussi à changer de cap face à son homologue syrien, ennemi déclaré depuis huit ans.

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Dès lors, les Européens font face à deux questions. La première: peuvent-ils influencer la suite des événements? La réponse est non. On le pressentait depuis 2013 déjà, lorsque la ligne rouge tracée et non tenue par Barack Obama face à l’emploi d’armes chimiques a laissé la France impuissante à intervenir contre le régime syrien. On le voit désormais confirmé avec le retrait chaotique des forces américaines du nord-est de la Syrie. Sans la présence des Etats-Unis au sol, celle des Européens est impossible.

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Aux optimistes de la volonté se pose la seconde question: les Européens souhaitent-ils malgré tout peser sur l’avenir de la Syrie? Là aussi, les voyants sont au rouge depuis plusieurs années. Les négociations menées sous l’égide des Nations unies à Genève ont été marginalisées par le processus d’Astana conduit par la Russie. L’offensive récente d’Ankara en Syrie n’a donné lieu qu’à des condamnations verbales ou à des embargos sur les exportations d’armes vers la Turquie.

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Si les Européens ne peuvent ni ne veulent agir pour mettre un terme à ce carnage à leurs conditions, restent donc celles des vainqueurs turc, russe, iranien et syrien. Admettre cette réalité ne revient pas à oublier les innombrables crimes et les victimes de cette barbarie, dont les dernières en date sont Kurdes. L’écrasante majorité des morts demeure le fait du gouvernement de Bachar el-Assad. Mais les incantations pour exorciser la Syrie de son dirigeant ne constituent pas une diplomatie efficace. Elles en trahissent l’absence. Si une baisse de l’hostilité entre Recep Tayyip Erdogan et Bachar el-Assad permet une diminution de l’intensité du conflit, avons-nous encore d’autres arguments à faire valoir? Se souvenir des morts ne dispense pas de se soucier des vivants.

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