9 février 2020, sur France Inter: «En Syrie, un papa a inventé un jeu pour sa petite fille de 3 ans.» Et sur toutes les chaînes et sur les réseaux sociaux, une vidéo qui tourne en boucle où on voit la petite perchée sur l’épaule de son père qui éclate de rire au moment où une bombe explose. Le rire contre la peur! Elle s’appelle Salva, et son père Abdulllah al-Mohammad. C’est une vidéo qui a fait «le buzz», comme on dit. A l’évidence pas suffisamment pour arrêter ce massacre de masse perpétré par Vladimir Poutine et Bachar el-Assad.

Les Russes appliquent une stratégie impitoyable qu’ils ont expérimentée avec succès dans le reste de la Syrie. «Il s’agit, selon Raphaël Pitti, médecin humanitaire interviewé sur France 5, premièrement d’encercler, deuxièmement de bombarder de manière extrême; tous les hôpitaux ont été bombardés dans cette région, 67 structures médicales ont été bombardées, un certain nombre de camps de réfugiés ont été bombardés et, finalement, on affame les populations pour les faire céder.» La Chine et la Russie ont refusé la résolution qui permettait de prolonger l’approvisionnement transfrontalier. Environ 900 000 personnes, en majorité des femmes et des enfants, a rapporté l’ONU, ont fui depuis début décembre l’offensive menée par le régime Assad et Moscou dans la grande région d’Idlib.

Arrêter le carnage

Ce désastre se fait au nom de la raison d’Etat; des responsables de politique étrangère relativisent et dénoncent de manière méprisante les défenseurs des droits humains. «Une posture de repli», selon Hubert Védrine qui qualifie ces défenseurs de partisans des «droits de l’hommisme», alors que ce sont ces derniers et les ONG qui souvent, au risque de leur vie, continuent à alerter l’opinion sur le non-respect des droits fondamentaux tant en Syrie que dans bien d’autres pays. Ces diplomates «réalistes» à l’instar d’Hubert Védrine prônaient le dialogue politique sur la Syrie avec la Russie sans pour autant écarter Bachar el-Assad. Cette realpolitik censée être plus efficace s’est avérée un échec mortifère et catastrophique. Le régime syrien a pris la décision avec les Russes de récupérer ces dernières zones de manière à être en position de dire qu’ils ont gagné la guerre et repris 100% du territoire syrien.

Cette realpolitik censée être plus efficace s’est avérée un échec mortifère et catastrophique

Les dirigeants du monde ont oublié les valeurs humaines et ont fait passer l’intérêt de leur Etat avant la vie du peuple syrien. Cette realpolitik est devenue un préjudice pour tous les peuples victimes des violations des droits humains. Nous faisons face à un reflux général de l’esprit de résistance et à un recul des démocraties. «La plus grande tragédie humanitaire du XXIe siècle ne sera évitée que si les membres du Conseil de sécurité […] dépassent leurs intérêts individuels», fait valoir le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les affaires humanitaires, Mark Lowcock. Il vient de publier une tribune qui sauve l'honneur. 14 pays européens demandent au régime syrien de cesser immédiatement les hostilités. Un espoir ténu d'une mobilisation internationale.

La répression russe

Face aux massacres perpétrés par Bachar el-Assad, avec le soutien actif de Vladimir Poutine, les Nations unies bavardent beaucoup, mais ne réagissent pas. Aucune amorce de réponse n’a été exprimée à la hauteur de l’enjeu humanitaire. On a aujourd’hui des témoignages sur la guerre, des images du quotidien en Syrie. Personne ne peut ignorer la réalité du terrain. La Russie et la Syrie doivent arrêter ce carnage maintenant.

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La communauté internationale ne remplit pas son devoir à l’égard des victimes des violations perpétrées par la Russie, non seulement en Syrie mais dans son propre pays. Les droits à la liberté d’expression, d’associations et de réunions pacifiques y ont fait l’objet de restrictions supplémentaires. La torture et les autres mauvais traitements n’ont pas cessé: les personnes LGBTI demeurent victimes de discriminations et de violences, en Tchétchénie, les hommes gays ont été la cible d’une campagne concertée d’enlèvements, de torture et d’homicides de la part des autorités locales. Un étrange assemblage politico-médiatique de toutes opinions politiques confondues a allègrement et lâchement passé sous silence la réalité de la guerre d’extermination entreprise à Idlib et les violations des droits humains en Russie. AU FIFDH, j’avais invité Anna Politkovskaïa et les Pussy Riot et je dénonçais régulièrement la répression russe. Il faut continuer. Plus que jamais les festivals comme le FIFDH, les ONG, les partis et les citoyens doivent crier leur indignation: «Stop aux crimes et aux forfaits perpétrés par la Russie.»