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Image d'illustration. Un  Tomahawk tiré depuis l'USS Laboon, 14 avril 2018.
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En tête

Syrie, le bon usage de la violence

Leçon de Syrie: le timide raid des Occidentaux démontre qu’au Proche-Orient, la force a changé de camp

Mission accomplie? On a beaucoup moqué Donald Trump d’avoir repris la téméraire proclamation de George Bush après la chute de Bagdad en 2003. On avait tort. Le raid de la semaine dernière sur la Syrie a parfaitement rempli sa mission: détruire trois bâtiments «chimiques» vides après s’être assuré que personne ne serait tué ou blessé. Les molles protestations de la Russie, de l’Iran et de la Syrie elle-même ont salué l’exploit pour ce qu’il était: un aveu de faiblesse.

Mais cette retenue n’était-elle pas, dans le fracas des bombes, une ouverture diplomatique? Belle illusion. Toutes les guerres finissent par s’épuiser, et celle de Syrie en est arrivée à ce point – bientôt faute de combattants. Après la Ghouta, grande banlieue de Damas, viendra le tour de Deraa, au sud, et de la poche d’Idlib, au nord; à l’est, les Kurdes, abandonnés par leur allié américain, ne se maintiendront pas longtemps sur des terres arabes. Cette reconquête est le projet affiché de Bachar al-Assad et de ses alliés. Avant l’offensive aux portes de Damas, Sergueï Lavrov, le ministre russe des affaires étrangères, le promettait lui-même: on fera à la Ghouta comme à Alep.

Les vainqueurs peuvent le dire: la violence paie. Mais cette assurance a une cause: le camp d’en face n’y croit plus. Les démocraties atlantiques, celles du raid de samedi, qui condamnaient en 2011 la brutalité d’Assad contre son peuple soulevé et annonçaient sa chute, ont exclu de passer des paroles aux actes. Tout se passe comme si les anciens dominants, au bout de leur domination, avaient posé les armes. Réserve bienvenue, peut-être. Mais la nature géopolitique a horreur de ce vide: la faiblesse attire une autre force.

Le renoncement à la guerre

La machine militaire américaine possède une suprématie manifeste dans tous les domaines, mais sa doctrine (derrière les mots qui disent le contraire) est de ne pas s’en servir. Cela est arrivé par étapes. Après leur défaite au Vietnam, les Etats-Unis ont préféré, en Afghanistan, payer et armer des mercenaires et des combattants locaux plutôt que d’envoyer leurs soldats. En même temps, Colin Powell développait une nouvelle doctrine: l’armée ne serait engagée qu’avec l’assurance d’écraser, de submerger l’adversaire. C’est ce qui a été fait deux fois en Irak, en 1991 et en 2003. Avec un résultat finalement si calamiteux que Robert Gates, chef du Pentagone sous Bush et Obama, a dit en se retirant, que celui qui prônerait un autre engagement du même ordre au Moyen-Orient ferait mieux de consulter un psychiatre.

Soleimani est sûrement le produit le plus éclatant des échecs et du retrait occidental de la région

Gates a été écouté. L’Amérique, désormais, tire des missiles de très loin ou de très haut, et n’envoie au sol que de petites unités de forces spéciales, si possible invisibles. Ses alliés qui en ont les moyens, Grande-Bretagne et France, font de même, à leur plus modeste mesure. Les autres Européens ont presque dit adieu aux armes.

Cette retenue occidentale a été de l’autre côté une source d’inspiration. Pour Vladimir Poutine d’abord. De la Géorgie à la Syrie, avec une grande maîtrise tactique, il a engrangé des gains, par force et par ruse, en s’adaptant à cette nouvelle donne. Il a pu s’emparer de la Crimée, puis effacer dans les faits la frontière orientale de l’Ukraine parce qu’il avait compris que la résistance ne serait, pour l’essentiel, que verbale. Et en Syrie, la reculade de Barack Obama et de David Cameron en 2013, après une attaque chimique déjà, a été pour le président russe la confirmation qu’il pourrait sans opposition maintenir et développer son marchepied arabe, dans un arrangement opportuniste avec le dictateur de Damas et la gourmande République islamique de Téhéran. Cette alliance était nécessaire pour inverser par les armes le courant qui avait failli emporter Assad: la puissance aérienne russe ajoutée aux milices chiites d’Iran, d’Irak et du Liban, mobilisées par Qasem Soleimani.

L’aventurisme iranien

Cet homme est-il, comme dit sa légende, le plus puissant du Moyen-Orient? Général des Gardiens de la révolution iranienne, brillant et cultivé, Soleimani est sûrement le produit le plus éclatant des échecs et du retrait occidental de la région. Opérateur efficace de la violence, présent sur tous les théâtres militaires, d’Alep à Mossoul, il a consolidé les pouvoirs ébranlés de Bagdad et de Damas, après avoir contribué à saigner et à faire partir d’Irak le corps expéditionnaire américain. Il s’est même payé le luxe d’obtenir l’appui tacite de l’US Air Force, dans la reconquête récente de la plaine du Tigre et de Mossoul, parce que l’opinion américaine avait été révulsée par les exactions de l’Etat islamique.

L’aventurisme iranien de la Mésopotamie à la Méditerranée, sur des terres arabes, n’est sans doute pas durable; et le succès russe en Syrie va affronter beaucoup de turbulences. N’empêche qu’au Moyen-Orient le terrain est acquis à ceux qui usent de violence de manière déterminée, pas à ceux qui retiennent leur force.

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