Editorial

Le système Aebischer ou la polémique jusqu’au bout

Les critiques du Contrôle fédéral des finances pourraient plonger la fin de l’ère Patrick Aebischer à l’EPFL dans une sombre conclusion. Il faut nuancer, ce que fait le CDF lui-même. Notre éditorial

Il serait si tentant pour certains de jeter enfin Patrick Aebischer dans l’arène, et d'ouvrir les cages. A la tête de l’EPFL jusqu’à la fin de l’année, après 16 années de fastes et de polémiques, voici l’épisode qui permettrait de tourner l’ogre riant du campus en un Barbe Bleue aux cadavres se putréfiant dans les placards.

Le Contrôle fédéral des finances (CDF) étrille l’EPFL pour ses plus gros chantiers, les quartiers de l’innovation et du nord. L’occasion pour la foule en furie, journalistes en tête, de planter les banderilles. Le flamboyant Aebischer à terre, cette fois.

Des critiques légitimes

Les critiques du CDF sont légitimes. Elles illustrent notamment les limites du partenariat public-privé. Jusqu’où, et pour combien de temps, accepter de coquets rendements – donc des dépenses pour l’instance publique – afin de convaincre le privé d’injecter 358 millions de francs en quelques années?

L’EPFL a forcé le pas, sans rien commettre de légalement répréhensible. C’est une culture de l’affaire conclue entre quatre yeux, ou à peine davantage, par-dessus les institutions – le Conseil des EPF – qui est fustigée.

Le cadeau empoisonné du centre de congrès

En outre, les réserves à propos du centre de congrès doivent être prises au sérieux. Dans un marché chahuté, alors que Beaulieu comme Montreux se démènent, l’EPFL a lancé les dés dans le vide. Elle devra multiplier les efforts pour justifier cette installation; là réside le cadeau empoisonné à Martin Vetterli, le prochain patron, alors qu’André Schneider, chargé de ce secteur, va quitter la maison pour diriger l’aéroport de Genève.

Une expansion unique

Il n’empêche. Pendant ces années, chacun a pu constater le décalage entre la vie du campus et son manque d’infrastructures. A chaque printemps l’Université de Lausanne comme l’EPFL ont imploré les Lausannois d’accueillir un étudiant, et toujours en septembre, on en a vu camper à Vidy.

Avec son discret stratège des constructions, l’ancien vice-président Francis-Luc Perret, l’EPFL a déployé des tactiques qui ont conduit à ce qui représente, de toute évidence, la plus belle expansion récente d’un lieu du savoir en Europe – y compris l’Université, qui va construire elle aussi des logements. Sans doute faudra-t-il mieux cadrer les futurs projets de l’EPFL. Mais il n’y a pas lieu de planter les banderilles.


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