«Nulle envie d’être conseiller commu­nal.» «Qui veut devenir bouc émissaire?» C’est ainsi qu’étaient titrés certains ar­ticles de journaux publiés récemment. Le système de milice est effectivement en crise. Selon le monitoring des com­munes 2017, 50% des communes en Suisse ont des difficultés à recruter des candidats pour leurs exécutifs. Certes, des milliers de bénévoles continuent à veiller à la stabilité de ce principe fondamental et la population persiste à le soutenir. Mais alors que chacun sou­haite profiter du travail de milice, les citoyens sont de moins en moins prêts à appor­ter leur contribution au bien commun.

Indicateur pour la démocratie suisse

A cela s’ajoute le fait que la politique – donc les politiciens et politiciennes – est perçue de manière de plus en plus négative. On cherche à opposer la «classe politique» au peuple, mais si les politiciens de milice sont présentés comme des adversaires des citoyens, leur motivation pour accepter un tel mandat ne peut que faiblir.

Le système de milice fait partie de l’hé­ritage républicain et de la vision suisse de l’Etat. Et à ce titre permet aussi de donner la mesure de la volonté de participer, au-delà des élections et des votations. Au-dessous d’un certain taux de participation, le système de milice perd son effica­cité.

Dans le système de milice, les membres des autorités enrichissent la gestion communale d’expériences et de nouvelles idées issues de leur vie professionnelle. Un large spectre de connaissances et de capacités indivi­duelles est ainsi utilisé pour le bien com­mun. Et cela de façon peu coûteuse. Le système de milice, qui mobilise ainsi le sens des responsabilités en faveur de la collectivité, est le garant d’un Etat «svelte» et favorise la proximité avec les citoyens.

Eviter la simple consommation

Sans système de milice, le citoyen ne serait qu’un spectateur vis-à-vis du politicien pro­fessionnel, un consommateur de politique, comme cela est monnaie courante dans les systèmes représenta­tifs. La démocratie directe, qui vit de la participation et de la discussion pu­blique, n’est pas possible sans un enga­gement à large échelle.

Le système de milice, qui mobilise le sens des responsabilités en faveur de la collectivité, est le garant d’un Etat «svelte»

Sans système de milice, le fédéralisme et son principe de subsidiarité seraient remis en question, et ainsi l’idée même d’aboutir à des décisions aussi proches que possible des préoccupations des citoyennes et citoyens. La Suisse court ainsi moins le risque de voir la politique menée à coups de slogans, de mots d’ordre et de campagnes coû­teuses.

Le fait que nous incarnions tous l’Etat, dans la mesure où nous vo­tons sur des questions de fond et que nous assumons dans le cadre du sys­tème de milice des mandats et des tâches, contribue fortement à ce que l’Etat ne soit pas perçu comme un pou­voir anonyme et abstrait. La Suisse dis­pose avec le système de milice d’une institution unique en son genre qui per­met au citoyen de s’identifier à l’Etat, qui renforce l’aptitude au compromis et au consensus et limite la bureaucratie.

Le système de milice: mythe ou idéal?

Le décalage croissant entre un système de milice idéalisé et la réalité est souvent passé sous silence, pourtant les interrogations sont nombreuses. La qualité du système de milice peut-elle être maintenue à moyen terme? Comment revaloriser le travail de milice? Faut-il davantage professionnaliser la politique? Faut-il imposer des contraintes pour que les mandats soient assumés? Faut-il davantage de fusions entre les communes? Dans cette perspective, l’idée d’une Suisse organisée de bas en haut est-elle encore actuelle et appli­cable ou finira-t-elle par se résumer à une jolie légende? Que reste-t-il de l’idée républicaine d’une Suisse qui vit de l’engagement de ci­toyens qui ne sont pas que des «clients de l’Etat»?

2019 est une année électorale à l’échelle nationale. Des po­liticiens de tous bords chanteront à nou­veau les louanges du système de milice et se présenteront eux-mêmes comme des parlemen­taires de milice – même si cela est de moins en moins le cas à l’échelle fé­dérale.

Si l’organisation actuelle de l’Etat doit être préservée, des conditions pour son maintien doivent être créées. Pour cela, un débat sérieux dans l’ensemble du pays est nécessaire. C’est pourquoi l’Association des communes suisses lance en 2019 l’«Année du travail de milice» avec une idée-force: le système de milice n’est pas à bout de souffle, mais il a urgemment besoin de nouvelles im­pulsions. Car ce sont les politiciens de milice qui font que la Suisse est la Suisse.


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