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Selon Georges Felouzis et Samuel Charmillot, cantonner les élèves les plus faibles dans des filières à faible exigence ne fait que reproduire les situations de vulnérabilité.
© Keystone/Gaetan Bally

Opinion

Les systèmes éducatifs suisses à l’épreuve des enquêtes PISA

Cantonner les élèves les plus faibles dans des filières à faible exigence ne fait que reproduire les situations de vulnérabilité, soulignent les auteurs d’une nouvelle étude sur l’inégalité dans le système d’éducation suisse

On limite souvent les enquêtes PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves) à un palmarès entre nations comparant les apprentissages scolaires des élèves de 15 ans. En réalité, bien au-delà des palmarès, ces enquêtes constituent de précieuses sources pour comprendre les conditions qui conduisent les élèves à la réussite. Il reste toutefois que dans le cas de la Suisse, ces comparaisons présentent une limite de taille: elles considèrent la Confédération comme une entité unique au plan scolaire alors qu’en fait, chaque canton propose un système différent dès le début de l’enseignement secondaire. Certains cantons privilégient des orientations précoces dans des filières différenciées en fonction du niveau scolaire des élèves, alors que d’autres ont choisi au contraire de ne pas séparer les élèves et de les scolariser dans des classes hétérogènes.

Cercle vicieux de la reproduction sociale

L’analyse des informations disponibles sur les acquis des élèves suisses en dernière année d’enseignement obligatoire de 2000 à 2012 dresse un portrait contrasté de la Confédération. Sur le plan des apprentissages, certains cantons font mieux que d’autres, mais les sources de ces contrastes restent difficiles à établir, car les élèves n’ont pas le même âge en moyenne en fin de scolarité obligatoire selon le canton. Ils ont par exemple 15 ans à Genève et presque 16 ans à Zurich, ce qui influe notablement sur leurs capacités d’apprentissage. Il en est de même si l’on se centre sur les inégalités d’acquis: certains cantons regroupent plus d’élèves qui ne maîtrisent pas les compétences de base. Les différences intercantonales sont également marquées sur le plan des inégalités sociales. Dans certains cantons, le niveau socio-économique de la famille agit plus fortement sur les différences de scores entre élèves.

Ces forts contrastes cantonaux posent la question de leurs sources. Comment expliquer de tels écarts en matière d’inégalités scolaires? Une hypothèse consiste à questionner l’organisation des systèmes éducatifs cantonaux. En effet, certains cantons séparent à l’extrême les élèves les plus défavorisés et les plus en difficulté dans des filières à faibles exigences dont le but affiché est de les aider à surmonter leurs difficultés scolaires, mais dont l’effet réel est de les maintenir à un niveau de compétence très bas. Cantonner les élèves les plus faibles — au plan scolaire comme au plan social — dans des filières à faible exigence ne fait donc que reproduire les situations de vulnérabilité et ne permet pas de sortir du cercle vicieux de la reproduction sociale par l’école. Les systèmes plus mixtes, combinant des regroupements hétérogènes dans certaines matières et par groupes de niveau dans d’autres, présentent un profil bien moins inégalitaire et par conséquent socialement plus juste.

Le paradoxe de tout enseignant

Ces résultats mettent en évidence le poids des politiques éducatives sur les opportunités d’apprendre. La question se pose alors de savoir quelles solutions seraient optimales pour concilier l’efficacité des apprentissages et de faibles inégalités entre élèves. Les solutions sont à chercher non pas seulement dans l’organisation scolaire en elle-même, mais aussi dans les outils pédagogiques à la disposition des enseignants pour dépasser le paradoxe de tout enseignement: concilier l’exigence démocratique de l’égalité en droit de chaque élève avec les inégalités réelles liées à la stratification sociale. Un défi qui ne peut être relevé que par une réflexion approfondie sur les acquis de la recherche et par une formation de qualité pour les enseignants du primaire comme du secondaire.

* Dernière publication: G. Felouzis & S. Charmillot, Les inégalités scolaires en Suisse. Social Change in Switzerland.

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