En 2010, 80 290 enfants sont venus au monde en Suisse. Le prénom décerné le plus souvent par les parents à leur enfant était celui de Noah pour les garçons et Lena pour les filles. Noah et Lena ainsi que tous les autres enfants ont fait ainsi leur entrée dans une société dont le système de santé n’est pas endetté. La génération de leurs parents ne leur a pas laissé un seul franc d’impayé. Les milliards de dépenses au titre de la santé pour l’ensemble du pays sont remboursés. Bref, notre système de santé ne connaît pas les dettes.

Cet équilibre est maintenant menacé par l’initiative populaire intitulée «Pour une caisse publique d’assurance maladie».

La question sous-jacente à la volonté de changer de système est la suivante: médecine étatique ou concurrence, qu’est-ce qui est le plus judicieux? Plusieurs pays européens fournissent un exemple de médecine étatique.

Lucas et Emma, prénoms attribués le plus fréquemment aux nouveau-nés en France, viennent au monde dans un pays où l’assurance maladie étatique lègue à la génération suivante chaque année des dettes d’un montant approchant les 10 milliards d’euros. De même, Oliver et Olivia, nos nouveau-nés anglais, vont grandir dans un pays où le système de santé géré par l’Etat est sous-financé. Chez les médecins spécialistes et dans le domaine stationnaire, les longues files d’attente et les chambres d’hôpitaux à dix lits sont monnaie courante.

Par contre, Sophie et Sem, nés aux Pays-Bas, feront l’expérience des avantages que présente un système de santé réglementé par la concurrence. En effet, il y a cinq ans, le système de santé des Pays-Bas a subi une réforme radicale orientée vers la concurrence. Actuellement, les hôpitaux se trouvent exclusivement en mains privées. Les assurances décident elles-mêmes avec quels hôpitaux et médecins elles souhaitent conclure des contrats de prestations. Le financement des cliniques s’effectue exclusivement via les assurances maladie. Les patients sont tenus de consulter dans un premier temps leur médecin de famille qui, ensuite, peut les envoyer chez un spécialiste. Une compensation des risques plus différenciée qu’en Suisse veille au respect du principe de solidarité entre les bons et les mauvais risques.

L’indice européen actuel des consommateurs de santé qui mesure la satisfaction des patients dans 33 pays place pour la deuxième fois les Pays-Bas au premier rang. Cela avant tout parce que l’Etat se limite au rôle de législateur et d’autorité de contrôle et de surveillance. La Suisse se trouve d’ailleurs au quatrième rang de ce classement.

Notre pays dispose donc d’un excellent système de santé. Le problème réside cependant dans les coûts. Ils augmentent chaque année de 5% en assurance de base, soit près de 1 milliard de francs par année ou 3 millions de francs par jour.

De par la loi, les assureurs maladie de Suisse sont des entreprises non lucratives dans le domaine de l’assurance de base. Les primes qu’ils perçoivent couvrent les coûts de prestations de leurs assurés ainsi que leurs propres frais d’administration. Si l’on cherche des mesures pour faire baisser les coûts, il est inutile de s’attaquer aux frais d’administration, qui représentent 5% des coûts totaux, mais plutôt aux 95% des coûts restants. En effet, aucune institution étatique ne présente des coûts aussi bas pour son administration que les assurances maladie.

L’augmentation des coûts résulte de l’évolution démographique (vieillissement de la population), des progrès de la médecine et des exigences constantes de la population. La part la plus importante de la hausse est cependant occasionnée par de fausses incitations.

Les fournisseurs de prestations qui ne se trouvent pas en réseau n’ont pas les moyens de pratiquer des traitements avantageux. Des assureurs maladie tentent d’attirer les bons risques. Les cantons portent une double casquette en étant à la fois l’autorité de financement des hôpitaux et celle qui est chargée de leur régulation. Quant à la gestion des soins (Managed Care), autrement dit les soins intégrés en réseau, elle est encore insuffisamment développée.

A l’instar des Pays-Bas, il faut que tous les acteurs du système de santé s’engagent. Une caisse unique pour la Suisse n’influencerait en rien les coûts. Ceux-ci en effet croissent indépendamment de leur mode de financement. Un Etat qui jouerait le rôle d’assureur maladie n’aurait que deux possibilités pour couvrir les coûts: augmenter les impôts ou ses déficits (France) et supprimer des prestations (Angleterre). La crise économique actuelle met bien en lumière la situation des systèmes de santé dirigés par l’Etat.

Un Etat qui jouerait le rôle de caisse maladie n’a que deux solutions: augmenter les impôts ou supprimer des prestations

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