Editorial

Le tabou des hydro­­-dollars

Le Valais a déjà largement débattu des milliards qui pourraient lui revenir au terme des concessions hydrauliques, d’ici à 2030. Mais jamais le Valais n’a questionné sa dépendance actuelle à l’or bleu, ni l’impact qu’elle peut avoir sur les budgets des collectivités publiques.

Il avance à l’aveugle, sans doute par manque d’anticipation politique, mais aussi parce que canton et communes ont des réticences à parler d’argent. Les redevances perçues par le canton sont publiées dans ses comptes. Mais il aura fallu des semaines de recherche et beaucoup d’insistance pour que l’Etat accepte de divulguer les montants de ses impôts liés aux barrages. De même, les communes contactées ont rarement répondu à la demande du Temps de consulter leurs comptes détaillés.

Une bonne gestion de l’argent public demanderait plus de transparence. Pour le moins, elle suppose d’avoir conscience de sa propre dépendance à une ressource et de la fragilité budgétaire que cette dernière engendre. La Ville de Sierre, par exemple, souffre considérablement cette année du manque d’hydrodollars. Son président réalise aujourd’hui le risque pris en intégrant ces revenus aux comptes de fonctionnement de la Ville. Mais il sait aussi que, face à une nouvelle baisse de recettes, il devra sans doute prévoir de nouvelles coupes dans son budget.

Quel visage aurait le Valais si l’argent des barrages était considéré comme une ressource extraordinaire et non comme une recette assurée? Certains Valaisans paieraient sans doute plus d’impôts. Ils seraient moins dotés en routes carrossables, toute l’année, jusqu’aux derniers hameaux. Ils seraient peut-être un peu moins riches en infrastructures. Mais ils auraient davantage d’argent placé sous forme d’économies pour faire face à l’imprévu. Ou ils pourraient choisir d’être plus égaux et plus solidaires.

Le Valais n’est pas prêt à cette réflexion parce qu’elle conduit à une question beaucoup plus affective et douloureuse. Celle de se demander s’il est rationnel de maintenir de telles infrastructures pour tous les villages, même ceux qui, chaque année, perdent des habitants.