Tabou, un mot qui sonne arriéré, coincé, puritain! Plus rien n’est tabou dans une société qui se veut libérée du carcan de la religion et de la bienséance bourgeoise. Si Mai 68 prônait «il est interdit d’interdire», c’est bien parce qu’il y avait beaucoup de raideur dans l’éducation d’autrefois. Mais les balanciers ont cela de particulier d’osciller d’un côté puis de l’autre jamais s’arrêter au milieu. Dès lors, la fin du XXe siècle et le début de l’actuel ont vu les anciennes valeurs conservatrices, dites de droite, être remplacées par une conception toujours plus libertaire des mœurs, dite de gauche. On est ainsi passé d’un rigorisme excessif à un laxisme dévastateur.

Complicité coupable

Pourtant, les tabous d’autrefois avaient un sens, celui de définir l’inacceptable en marquant des lignes rouges, et une fonction, celle de permettre à toute la société de désigner le mal et de le combattre. L’un de ces interdits concernait la pédophilie, tant la sexualité de certains hommes les porte malheureusement vers plus jeunes qu’eux. Ce type d’attirance relève de l’instinct que, faute de l’éradiquer, il faut combattre comme tel. Or, ce qui choque le plus dans le livre de Vanessa Springora, intitulé Le Consentement, c’est la complicité coupable de l’entourage de la jeune fille, de tous ceux qui savaient sans dénoncer. On a beau jeu de désigner Bernard Pivot à la vindicte populaire, lui qui est juste coupable d’avoir invité à plusieurs reprises, sur le plateau de sa fameuse émission littéraire, un écrivain revendiquant ouvertement le fait d’assouvir sa jouissance avec les corps des petits garçons et des trop jeunes filles, un auteur édité par Gallimard, une référence s’il en est. A la décharge de l’animateur, il y avait aussi des contradicteurs en face de Matzneff qui remettaient les pendules à l’heure.