Editorial

Taïwan, l’Etat qui existe malgré tout

EDITORIAL. La présidente sortante, Tsai Ing-wen, devrait être réélue ce week-end. Grâce à l’hostilité de Pékin

Sauf surprise, Tsai Ing-wen sera réélue ce week-end à la tête de l’Etat taïwanais. Vous avez dit Taïwan? Taïwan est cette île d’Extrême-Orient – un peu plus petite que la Suisse mais trois fois plus peuplée – qui défie l’ordre de Pékin depuis sept décennies. Un objet politique mal identifié reconnu par une quinzaine d’Etats, tout aussi petits, dont le plus important, le Vatican, n’attend qu’une chose: lui tourner le dos à son tour pour embrasser l’immense marché des croyants chinois du continent.

Laboratoire asiatique

Taïwan – ou République de Chine de son nom officiel – aura bientôt disparu de la carte, du moins nominalement. Pékin, qui la considère comme une «province rebelle», s’y emploie. Pour commercer avec la République populaire de Chine, les Etats et désormais les entreprises doivent répudier l’île. C’est ainsi que le nom de Taïwan disparaît peu à peu des itinéraires aériens ou de toute autre carte pour être remplacé par «Taïwan, Chine». Les entreprises qui s’y refusent sont boycottées par Pékin. Il en va de même à l’ONU, où la Chine a fait bannir les passeports taïwanais.

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Taïwan est pourtant bel et bien un Etat, qui plus est l’un des plus dynamiques de sa région. Son économie est florissante, c’est une puissance commerciale et, depuis vingt-cinq ans, son expérience démocratique en fait un laboratoire pour toute l’Asie. L’île s’illustre par la promotion des femmes en politique, le mariage pour tous, l’usage du référendum, un système de santé envié dans le monde entier, sa promotion des énergies renouvelables et une qualité de vie qui place Taipei dans le hit-parade des villes les plus agréables.

Echec de Pékin

Ce modèle taïwanais – chinois, ouvert et démocratique – est de plus en plus en contradiction avec le projet autoritaire high-tech et nationaliste de Xi Jinping. Ce sont pourtant les menaces, y compris militaires, de Pékin et l’échec du modèle «un pays, deux systèmes» appliqué à Hongkong qui devraient assurer la réélection de Tsai Ing-wen, une présidente avec laquelle la Chine a rompu tout lien. La Chine effraie de plus en plus les Taïwanais, ils votent donc pour une tenante de la résistance et de l’indépendance.

Combien de temps Pékin tolérera-t-il l’existence de Taïwan, un «problème» hérité de l’histoire récente, comme dit le Parti communiste? Nul ne sait. Mais, dans cette époque troublée, l’expérience taïwanaise mérite la considération des Etats démocratiques, y compris de la Suisse.

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