Revue de presse

Tariq Ramadan et Jean-Marie Le Pen sur la même longueur d’onde

Les théories du complot battent leur plein depuis les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de Vincennes. A quoi s’ajoute une version plus soft, qui a trouvé en Jean-Marie Le Pen et Tariq Ramadan deux puissants vecteurs de projection, chacun en direction de son public respectif

Depuis les attentats qui ont massacré en France la semaine dernière, fleurissent les thèses conspirationistes qui attribuent aux services secrets occidentaux, voire au Mossad, la tuerie de Charlie Hebdo ou de l’Hyper Casher de Vincennes. Ces thèses complotistes brutes de décoffrage fleurissent avant tout sur les réseaux sociaux et sont portées par des quidams sans titre de crédibilité à faire valoir.

Il existe néanmoins une version plus soft de ces théories du complot. Une version qui suggère, qui laisse entendre, qui s’interroge en rafales pour laisser ensuite l’imagination des récepteurs faire le reste. Ce que le journal Le Monde appelle (parlant de Jean-Marie Le Pen) une «petite musique conspirationniste».

Cette version plus édulcorée est portée, elle, par des figures publiques nettement plus médiatiques, comme en témoignent les récentes déclarations de Jean-Marie Le Pen et de Tariq Ramadan.

Jean-Marie Le Pen tout d’abord. France Info nous apprend ainsi: « Dans une interview donnée au quotidien russe Komsomolskaïa Pravda, vendredi 16 janvier le président d’honneur du Front national s’interroge sur la découverte de la carte d’identité d’un des frères Kouachi».

Le Monde, qui a étudié dans le détail le texte russe cite le passage qui a percuté toutes les rétines en ces termes - c’est donc Jean-Marie Le Pen qui parle : « Ces passeports oubliés des frères Kouachi me rappellent le passeport d’un terroriste tombé de l’avion en feu le 11 septembre 2001, et préservé par miracle. New York était en flammes, mais le passeport est resté intact. Aujourd’hui, on nous dit que les terroristes sont des idiots, voilà pourquoi ils auraient laissé les documents dans la voiture. La fusillade à Charlie Hebdo ressemble à une opération des services secrets, mais nous n’avons pas de preuves. Je ne pense pas que les organisateurs de ce crime soient les autorités françaises, mais elles ont permis à ce crime d’être commis. Ce sont pour l’instant des suppositions. »

Ceux qui, ne lisant pas le français traduit en russe de la Komsomolskaïa Pravda, désirent avoir une idée de l’ensemble des propos de Jean-Marie Le Pen, et en particulier de son chapelet de considérations antisémites, lirons la synthèse qu’en donne Le Point.fr sous la plume de Hugo Domenach, avec Katia Swarovskaya à Moscou.

En France, aussitôt la nouvelle connue, elle n’a pas tardé à provoquer des réactions, dont celle du principal intéressé, Jean-Marie Le Pen. Qui, sur le site du Front National dément certains de ses propos tout aussi sec: «Je ne valide pas les retraductions en français d’interviews déjà traduites du français en russe. Si on veut connaître mon avis sur tel ou tel sujet, je répondrai moi-même directement».

A France-Info, il a fait ainsi savoir ce qui suit: ««Une théorie du complot ? Quel complot ? Où est-ce que vous avez vu une théorie du complot ? Je suis simplement étonné que les tueurs aient laissé une carte d’identité dans la voiture, détaille-t-il. Je trouve étonnant qu’il n’y ait plus de protection policière devant Charlie Hebdo au moment des attentats. Je m’interroge, car je suis candide. J’ai le regard d’un homme libre sur ces attentats. Je veux la vérité c’est tout.» Conclusion de France-Info: «Toutefois, ces propos reprennent les interrogations qui fleurissent ces derniers jours sur le web et qui remettent en cause la version officielle, concernant les attentats qui ont ensanglanté la capitale».

Ces interrogations, une autre pointure du paysage médiatique mondial les a reprises, au lendemain de l’attentat de Charlie Hebdo et sur une chaîne de télévision à l’impacte autrement plus élevé que la Komsomolskaïa Pravda: Tariq Ramadan, sur Al Jazeera en langue anglaise. A la question très factuelle d’une journaliste de la chaîne qui l’interroge sans ménagement sur la factualité de l’attentat il déclare (notre traduction, l’interview en anglais plus bas, début à la septième minute): «Il y a beaucoup de questions qu’il faut encore poser. Par exemple, ce qui est arrivé le 11 septembre [2001]; ce qui est arrivé à Madrid; ce qui est arrivé à Londres; ce qui arrive maintenant en France... On a entendu hier qu’ils [les frères Kouachi] ont oublié leurs cartes d’identité dans la voiture, deux cartes d’identité... d’un côté tant de sophistication, de l’autre tant de stupidité... Nous devons demander qui sont ces gens, nous devons demander comment ils ont été en capacité de faire cela (...) Nous devons creuser, aller plus profond, nous devons demander quelles sont leurs connexions, quel est le rôle des services secrets dans toute cette affaire, où sont-ils, comment cela a-t-il pu se passer de cette manière (...) nous devons condamner, mais nous ne devons pas être naïfs»:

Bref: Jean-Marie Le Pen comme Tariq Ramdan s’interrogent. Dans la même direction.

Publicité