Il serait possible, bien sûr, de dire que les médias rendent toujours compte des histoires les plus négatives à propos des musulmans et des sociétés majoritairement musulmanes. Il serait possible, bien sûr, de blâmer la permanente campagne contre l'islam, son Livre, son Prophète, ses valeurs et ses pratiques... Bien sûr... et tout n'est pas illégitime dans le sentiment qu'il existe une sorte de campagne entretenue par quelques politiciens populistes et autres médias à sensation... Bien sûr!

Mais il vient un temps où l'on doit observer l'état des lieux du système légal dans les pays majoritairement musulmans et tirer quelques conclusions, impératives autant que constructives. C'est simplement une honte! Au nom de l'islam, des gens innocents, des pauvres, des femmes sont accusés, emprisonnés, parfois battus, parfois exécutés sans aucune preuve et, qui plus est, sans aucun moyen de se défendre adéquatement. Les juges, trop honnêtes et trop embarrassants, sont licenciés au Pakistan; une femme, victime d'un viol, devient l'accusée en Arabie saoudite et elle est sommée de prouver son innocence alors qu'une enseignante britannique, Gillian Gibbons, est emprisonnée au Soudan parce que ses élèves ont décidé d'appeler un ours en peluche «Muhammad»! Où allons-nous donc?

Alors que la magistrature et le système judiciaire doivent rester neutres et protéger la justice et le droit des personnes, ils sont utilisés dans les pays majoritairement musulmans pour des raisons politiques ou des prétendues préoccupations religieuses. Le problème est bien plus sérieux et profond que la série d'histoires que nous avons vues dans les médias. Une profonde réforme et une impérative réévaluation sont nécessaires. Au demeurant, un viol est un viol, et tant que les preuves n'ont pas été montrées - dans un sens ou dans un autre - il demeure inacceptable de commencer par blâmer la femme. Utiliser et instrumentaliser l'histoire d'une innocente enseignante britannique pour montrer combien «nous aimons l'islam» est une pure absurdité et doit être rejeté sans autre forme de procès.

Tout se passe comme si l'enseignante était devenue le moyen à travers lequel un gouvernement montrait son attachement à l'islam et par lequel quelques musulmans exprimaient leur colère vis-à-vis de l'Occident. D'abord, la colère n'est pas bonne en soi; ensuite, exprimer cela à travers un moyen inapproprié et injuste doit être condamné. Le Prophète n'a-t-il pas dit: «Ce qui est établi sur de mauvaises fondations est mauvais!» On doit demander à ces sociétés majoritairement islamiques d'être plus cohérentes avec leurs propres valeurs, de s'en tenir à la justice en refusant d'abuser l'islam. Cela veut dire protéger l'indépendance du système et du pouvoir judiciaires, protéger également les innocents, les pauvres comme les riches, les musulmans comme les non-musulmans, les femmes comme les hommes. Nous ne pouvons rester silencieux devant une histoire aussi ridicule, ce triste conte au Soudan: Mme Gillian Gibbons doit être remise en liberté et toute cette histoire n'a rien à voir avec l'islam. Cela a à voir avec un jeu malsain de politique intérieure et internationale destiné à mobiliser l'émotion populaire au prix sacrifié de la dignité et de l'intégrité d'une femme. Revenez s'il vous plaît à l'islam, à la justice et à la raison!

Ndlr: entre la réception de cet article et sa publication, Mme Gibbons a été condamnée à Khartoum à 15 jours d'emprisonnement puis à son expulsion.

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