A deux reprises cette semaine, Pierre Moscovici, ministre français de l’Economie, a évoqué la taxe sur les transactions financières (TTF) comme l’une des sources de financement de la création d’emplois de jeunes en France et en Europe. Le problème est urgent .Mais l’annonce de l’homme fort de la République ressemble fort à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

Suggérée en 1972 par l’économiste américain James Tobin, l’idée d’une taxe sur les transactions financières a été reprise par le mouvement contestataire européen ATTAC. Selon elle, une telle taxe constituerait une sorte d’antidote à la spéculation financière. Elle serait aussi une source de financement pour l’aide au développement. En Europe, frappée par la crise et les caisses vides, onze Etats ont décidé en janvier de la lancer. A ce propos, l’économiste et Prix Nobel américain Joseph Stiglitz disait qu’une telle taxe était aussi un moyen de faire davantage contribuer la finance à la collectivité, surtout en période de crise.

La taxe prévoit de prélever 0,1% sur les transactions sur les actions et les obligations et 0,01% sur les transactions sur les produits dérivés. Selon diverses estimations, elle pourrait générer entre 30 à 35 milliards d’euros par an.

De quoi mettre du beurre dans les épinards.

Dans l’esprit de tous, il ne s’agissait pas seulement d’une nouvelle source de financement. C’était aussi un gage offert à une opinion publique choquée par la précipitation des pouvoirs publics en Europe à aider le secteur financier.

En principe, la TTF entrerait en vigueur d’ici à fin 2014. Mais force est de constater que la mise en œuvre n’avance pas. En réalité, les tentatives pour tuer le projet dans l’œuf se multiplient. Londres qui y était opposée dès le début, craignant des conséquences néfastes sur la City, vient de déposer un recours auprès de la justice européenne.

Même dans les pays partisans de la taxe, les critiques sont virulentes. En France, le secteur financier crie au loup. Le patronat estime que 30 000 emplois seront menacés à brève échéance et craint la délocalisation de l’industrie financière. En Belgique, le patron d’une grande banque a déclaré le mois dernier « ne pas être en position de réaliser ma mission ». Aux Pays-Bas, qui jadis disaient suivre le mouvement de près, l’idée d’adopter la taxe Tobin est finalement abandonnée.

La taxe Tobin est morte. Vive la taxe Tobin!

En début de semaine, la Banque centrale européenne, qui, à l’époque, avait refusé d’entrer en matière, se dit prête à aider à trouver une nouvelle formule pour concrétiser la taxe. Christian Noyer, gouverneur de la Banque centrale de France, est plus explicite : « Dès lors que les Etats ont un objectif politique, il faut trouver les moyens de faire une taxe qui probablement ne rapportera pas grand-chose, parce que ce n’est pas possible autrement…Nous sommes prêts à aider les Etats à calibrer quelques chose qui tienne la route ».

Autrement dit, les initiatives pour vider la taxe Tobin de sa substance battent le plein. Dès lors, Pierre Moscovici devra penser à d’autres sources de financement pour lutter contre le chômage de jeunes européens.

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