Côté pile: les consommateurs. La flambée des prix des matières premières agricoles, énergétiques et minières ces derniers mois les a sonnés partout dans le monde, plus particulièrement dans les pays importateurs. Ces derniers étaient à peine sortis de la crise sanitaire liée à la pandémie du Covid-19 que la guerre en Ukraine a poussé les prix vers le haut.

De nombreux Etats (Pakistan, Argentine, Brésil, Sierra Leone) connaissent des tensions sociales tant les cours des denrées de base comme ceux du riz, du blé ou encore du sucre ont explosé ces derniers mois. D’autres, à l’instar de la Zambie et du Sri Lanka, peinent à honorer leurs engagements financiers et se sont mis en état de faillite. Pour eux, le seul moyen de tenir le coup est de s’endetter davantage pour rembourser les créanciers et payer leurs importations.

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Côté face: les géants de l’énergie et des matières premières minières et agricoles viennent de publier leurs résultats au deuxième trimestre 2022 et ont tous annoncé des profits record grâce à la hausse des prix. Selon l’agence Bloomberg, au point le plus fort de l’augmentation, les métaux ont renchéri de 41%, les céréales de 31% et l’énergie de 27%. Des milliards ont été engrangés sans que les entreprises fassent un effort particulier. En revanche, elles ne se sont pas privées de distribuer de juteux dividendes et de racheter des actions.

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Dans les pays développés, le contexte est propice à un débat sur une taxe exceptionnelle sur des profits hors normes. Il est déjà vif dans la mesure où de nombreux Etats – ce n’est pas encore le cas de la Suisse – dépensent des milliards pour aider les consommateurs ainsi que des milliers des petites et moyennes entreprises à faire face à l’explosion des prix.

Les profits sont tels que la majorité des grandes entreprises ne rechignent même pas à passer à la caisse. En Italie, au Royaume-Uni, en Espagne ou encore en Hongrie, les compagnies pétrolières n’ont pas protesté contre l’imposition d’une taxe spéciale et limitée dans le temps. En France, TotalEnergies a offert un rabais sur le prix de l’essence durant l’été, puis l’a prolongé jusqu’à novembre.

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Les géants des matières premières, énergétiques, minières et agricoles passent à la caisse en Europe. Quid dans les pays producteurs, Afrique, Asie ou Amérique du Sud? Travaillant sur des contrats à long terme, ces multinationales profitent de la situation. Depuis le début du mois, le prix du café a augmenté de 2% sur le marché mondial, mais pas un kopeck n’ira aux paysans de la Côte d’Ivoire ou du Vietnam. La réforme fiscale promise par l’OCDE pour que les entreprises paient des impôts là où elles réalisent des profits se fait toujours attendre.