Cette semaine, nous avons testé des Cardboard de Google à la rédaction. C’est une bête boîte en carton modulable qui vous permet de glisser votre smartphone à l’intérieur afin d’expérimenter la réalité virtuelle grâce à une simple application. Oubliez les réseaux sociaux, le cloud ou les drones, c’est le prochain pas de géant que la technologie nous promet.


Quelles furent les réactions face à cette innovation très spectaculaire? Il y a bien sûr les enthousiastes, ceux qui s’expriment, élaborent et imaginent ce que permettra le progrès. Il y a ceux qui ne comprennent pas, restent cois et passent à autre chose. Et, enfin, il y a ceux qui réagissent immédiatement de manière négative. C’est le spectre très limité de ce que nous éprouvons face à une nouvelle expérience. Nous sommes, au choix, chauds, tièdes ou froids, c’est-à-dire enthousiastes, dubitatifs ou récalcitrants.


Quand nous devons gérer une situation inattendue, que nous ne maîtrisons pas, un poil dramatique – bref, appelons cela le changement –, nous n’avons effectivement pas une palette infinie d’attitudes à notre disposition. En gros, ce sont les fameux trois «F» qui sont à l’œuvre: fight, freeze, flight. Soit nous prenons la situation en main, soit nous restons immobiles, soit nous tentons de fuir. Remettez cela dans le contexte de la réaction de vos proches lors de l’arrivée des ordinateurs, des smartphones ou des médias sociaux. Sûr que vous vous souvenez de l’innovateur qui a immédiatement maîtrisé le dernier gadget, du rêveur tenté de faire comme si tout cela n’avait jamais existé et de l’éternel râleur qui nommait encore «Fessebook» le fameux média social quand tout le monde (ou presque) l’avait déjà adopté.


Le problème, c’est que ce dernier est le plus bruyant de tous. Il ne veut pas s’y mettre et il n’est pas non plus statique en train d’évaluer la situation pour s’y adapter. Le fuyard tente d’éviter le problème, la plupart du temps en mettant tout sens dessus dessous dans sa débâcle face au progrès. Pour mieux comprendre ces attitudes liées au stress du changement, il y a des leçons à tirer du comportement de ceux qui ont connu une situation de bouleversement extrême, lors d’une catastrophe par exemple. La règle des trois «F» là aussi se vérifie et l’étude de crises passées a démontré quelque chose de passionnant. Si vous avez lu les consignes de sécurité ou participé à un exercice de simulation avant un incendie dans l’immeuble que vous occupez, vous avez plus de chances de vous en sortir. Votre cerveau en état de stress va se focaliser sur la recherche des données qu’il a en stock afin de générer une réponse utile pour agir. Pour être un héros, c’est simple, il suffit de lire les consignes d’évacuation.


De nos trois profils face au changement, l’un s’en sort donc mieux car il est plus informé. Ce qui tendrait à montrer qu’il vaut mieux initier nos enfants aux nouvelles technologies plutôt que de les astreindre au régime «jouets en bois» jusqu’à leurs 12 ans. Ils deviendront des adultes plus complets face à une société en constante évolution où la technologie prendra toujours plus de place. L’information est-elle pour autant la panacée? Non, puisque nous n’avons jamais été autant informés et, pour autant, rien n’indique que nous soyons plus intelligents. Il y a suffisamment de guerres dans le monde pour qu’on s’en rende compte. Et vous savez ce qui est le plus désolant? En situation de crise, c’est parfois le fuyard qui s’en sort le mieux. 

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