Opinions

La technologie peut-elle aider les athlètes?

La fédération mondiale d’athlétisme a autorisé les Vaporfly de Nike qui permettent un avantage certain. Un phénomène récurrent qui n’enlève rien à la performance des sportifs

A l’heure de l’intelligence artificielle, des drones et de l’informatique quantique, il y a quelque chose de rassurant à voir des ingénieurs fous se passionner pour l’amélioration d’objets du quotidien. Il y a pile 50 ans, un cadre d’une entreprise de bagage qui rentrait de vacances a ainsi eu l’idée de mettre des roues aux valises. Le système a pris du temps à se démocratiser mais désormais plus personne ne penserait se mettre le poids de sa prochaine semaine de vacances sur une épaule.

Mais c’est sûrement dans les chaussures de course que les recherches sont les plus poussées. Le marché de l’équipement sportif dans ce domaine atteint des sommets, environ 90 milliards de dollars cette année. Dans l’univers des courses de longue distance, Nike, avec sa Vaporfly 4%, fait sensation depuis plusieurs années. D’abord réservé comme prototype à quelques athlètes de haut niveau, ce modèle a envahi l’équipement grand public en 2017 et il a connu la consécration l’an dernier. Ce sont les premières chaussures qui ont permis de courir un marathon en moins de deux heures. L’organe qui chapeaute l’athlétisme mondial a donné son accord pour que ces Nike – dont l’innovation tient dans la combinaison d’une semelle de mousse très épaisse et d’une plaque de carbone intégrée – puissent fouler le sol des JO de Tokyo cet été. En 2009, les autorités sportives avaient finalement interdit la combinaison LZR de Speedo qui avait fait gagner bien des nageurs, y compris Michael Phelps, lors des JO 2008 à Pékin.

La perspective de nouveaux records au Japon l’a sûrement emporté sur les doutes que peut faire naître une nouvelle technologie capable de donner un avantage décisif à celui qui la possède. Ce n’est pas la première fois qu’une approche technologique bouscule une discipline sportive. En 1974, avec un ratio de 95,7% de matchs gagnés, le tennisman américain Jimmy Connors devenait numéro 1 mondial en multipliant les records, aidé par la première raquette en acier à tête ronde, la Wilson T2000. La nouveauté constitue un excellent aiguillon pour titiller la concurrence: tous les constructeurs investissent pour trouver la parade aux Vaporfly, Nike continuant d’ailleurs avec des modèles encore plus efficaces. Alors, en dehors du dopage qui relève d’une tout autre démarche, est-ce mal que des athlètes utilisent la technologie pour améliorer leurs performances?

Le CEO de Nike avait une réponse toute prête à l’occasion du lancement d’un autre modèle qui en son temps avait déjà révolutionné la course à pied: «L’innovation est l’antidote aux limites humaines.» Le paléontologue Yves Coppens ne disait pas autre chose quand il estimait que la «technologisation» de l’homme a débuté avec la maîtrise du feu par Homo erectus. Plus simplement dit, nous adorons les gadgets, surtout ceux qui nous rendent plus forts, et il n’y a donc aucune raison de blâmer les Vaporfly qui seront tôt ou tard dépassées.

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