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Aujourd'hui, celui qui détient les données détient la richesse.
© DAMIEN MEYER/AFP

Editorial

Quand la technologie pirate la civilisation

Dans une société où des entreprises omnipotentes sont elles-mêmes dépassées par leur succès, des risques sérieux pèsent sur la démocratie

Nous sommes à ce moment de l’histoire de l’humanité où tout le monde cherche des réponses à la même source: Google. C’est totalement inédit. C’est même perturbant, si nous continuons de penser que le respect de la diversité est intimement lié à la notion de progrès. Et effrayant, si nous n’avons pas d’autre horizon que la seule vérité fabriquée pour tous par une entreprise omnipotente.

L’historien Yuval Noah Harari, auteur de Sapiens et plus récemment de Homo Deus, le rappelle: aucune civilisation n’est éternelle. Et l’histoire des hommes n’est pas constituée que de progrès: elle emprunte parfois des voies de traverse quand ce ne sont pas des grands bonds en arrière. L’essayiste estime que nous sommes désormais prêts à retourner à l’ère médiévale. La richesse provenait autrefois de la possession de la terre, puis des moyens de production, elle reposera désormais uniquement sur l’information.

Les données: un nouveau graal

Celui qui détient les données détient la richesse. Et, comme bien peu ont accès à ce nouveau graal, la concentration du pouvoir entre quelques mains transformera radicalement la société où s’opposeront, d’un côté, une élite dirigeante très restreinte et, de l’autre, une masse vassalisée par le traitement de ses données par les premiers.

Face à ce risque, faut-il s’en remettre aux seules bonnes intentions de Google, Apple et autres Amazon? Sûrement pas. Le paradoxe avec ces sociétés tient au fait qu’elles sont elles-mêmes dépassées par leurs succès. Elles ne se rendent pas compte de la puissance de leurs propres outils et de l’effet démultiplicateur qu’ils peuvent générer.

Lire également: Pourquoi la puissance des empires de la technologie inquiète

Les risques pour la démocratie

Il n’a ainsi fallu que 100 000 dollars au Kremlin pour faire dérailler la dernière élection présidentielle américaine grâce à une campagne de propagande sur Facebook. 100 000 dollars, soit l’équivalent de sept pages de publicité dans le journal que vous avez sous les yeux. Si le pays qui se veut la plus grande démocratie du monde est fragile à ce point, alors tous le sont.

Nous ne sommes pas encore revenus au Moyen Age. Mais il faut impérativement remettre de l’équilibre dans un système où certaines entreprises sont désormais aussi puissantes que les plus grands Etats et où rien ne semble pouvoir éteindre les risques que ces dernières font peser sur la démocratie.

Les Européens imaginent des taxes, les Américains évoquent l’idée de casser ces sociétés en plusieurs morceaux afin de limiter leur pouvoir. La réflexion ne fait que commencer, mais elle doit aboutir rapidement. S’il n’y a pas de contre-pouvoir aux GAFA, alors le futur de notre civilisation sera en jeu.

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