chronique

Technologies: fin des évangélistes, émergence de la souveraineté

Pour le secteur des technologies, 2018 sera l'année de la confrontation. Au moment où les individus et les Etats veulent reprendre le contrôle de leur destin, la politique va faire son grand retour

2018 sera l'année où les nouvelles technologie vont se confronter à la politique. Les géants du secteur ont déjà mangé leur pain noir en 2017. Ils ne sont plus vus comme les sympathiques missionnaires d'une ère nouvelle.

Il y a eu les fake news qui ont pesé sur les élections présidentielles américaines et occasionnent encore des remous. Le bitcoin et les crypto-monnaies, entrés dans une ère d'exubérance irrationnelle, inquiètent toujours plus les économistes. Uber vient de se faire recadrer en simple société de transport par l'UE. Amazon se voit amender pour avoir usé de sa position dominante sur des sous-traitants en France. Et ces grandes entreprises bénéficient d'une fiscalité trop avantageuse qui crée des tensions sociales. 

Un désordre qui va s'accroître

Ce n'est que le début, le désordre va empirer. L'intelligence artificielle prendra véritablement son envol en 2018. Un texte de science fiction rédigé dans les années 70 posait ainsi l'enjeu: «Un jour, deux ordinateurs joueront parfaitement ensemble aux échecs pendant que la pièce dans laquelle ils se trouvent flambe». La pièce, c'est notre société, notre organisation. Si on ne pense pas déjà aux implications d'une vie assistée par les machines, le feront-elles à notre place? 

Heureusement, les hautes écoles intègrent le concept d'humanités digitales et, dans la ville du CICR, la gouvernance mondiale du web se situe au centre des discussions. La réflexion est bel et bien en marche. L'annonce cette semaine par le président de l'EPFL Martin Vetterli de la création d'un centre pour la confiance numérique va dans le bon sens. Il faut établir des bases solides pour vivre de manière harmonieuse dans un monde toujours plus technologique. 

Il faut un cadre normatif

De leur côté, les politiques doivent imaginer un nouveau cadre normatif sans casser la dynamique d'innovation. L'exemple de Facebook et Google qui savent tellement sur les individus sans aucune contrepartie ne va plus de soi. Reprise de contrôle pour les individus et affirmation de leur souveraineté pour les Etats deviennent les thèmes centraux. L'UE a mis le big data à son menu: des règles de protection de la vie privée plus strictes visent à rétablir l'équilibre en faveur des citoyens tout en évitant que le Vieux-Contient ne devienne une cyber-colonie de la Silicon Valley.  

2018 sera aussi l'année de la traduction dans la réalité de nombreuses travaux de recherche: ceux sur le cerveau devraient donner lieu à de nouvelles start-up avec des ambitions gigantesques. Alors que l'ordinateur quantique se rapprochera de plus en plus de la réalité grâce à la compétition entre équipes de différents continents. Avec de telles avancées, le progrès va connaître une trajectoire quasi-parabolique. La société des hommes devra être tout à la fois solide et suffisamment agile pour s'adapter à de telles accélérations.    

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