L’irrationnelle tentation était grande, ce week-end, d’imaginer que le ciel n’était pas voilé à cause de brumes printanières au-dessus de nos têtes pensives. Mais peut-être à cause de cendres? La tectonique des plaques a ses raisons que la raison n’ignore pas. Elle les maîtrise encore moins. D’où le besoin, très humain, de «voir» par ses propres yeux ce nuage dont la puissance des entrailles terrestres nous a dotés. Contre toute attente et sans avis de dissipation rapide.

Il a suffi de peu, la colère d’une modeste faille subglaciaire perdue au milieu de l’Atlantique, pour créer un invraisemblable bazar en Europe, en quelques jours seulement. Evénement rarissime que ce grounding généralisé! Du centre de la France à l’ouest de la Russie, il sème confusion et désarroi. Mieux: un sentiment d’impuissance face à ce nuage si mystérieux, que l’absence de modèles scientifiques fiables pour en étudier la densité rend plus évanescent encore.

Bien sûr, tout cela est très gênant pour l’économie aérienne, pour l’économie tout court, et dresse des obstacles à la mobilité citoyenne dont on ne cesse de nous vanter la modernité et les vertus. Et paradoxalement, alors que les «petits» problèmes de la vie quotidienne provoquent de l’irritation, ceux de cette ampleur suscitent leur part de jouissance.

C’est la fable du grain de sable qui entrave le fonctionnement de toute la machine. La fable de cette nature qui, en reprenant ses droits, se permet de forcer les humains au principe de précaution maximal. Quand on ne sait pas, on s’abstient. Surtout de voler, activité dont on connaît les risques. Ne bougeons plus.

En poussant à des normes de sécurité très élevées, les aléas de la géophysique nous ont donné une bonne leçon ces derniers jours: ils montrent bien que les espaces aériens sont fermés non à cause d’une dangereuse nuée. Mais parce que nul ne peut dire où et quand les résidus pulvérulents de la combustion islandaise continueront à injecter de la circonspection dans nos esprits.

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