«Sables mouvants»… Cinq pages dans Libération, dont la une. Pour quoi? Voir L’Obs/Rue89, où l’on lit que «le partenariat entre Paris et la ville israélienne [de Tel-Aviv] a été disputé la semaine dernière sur Twitter. A y regarder de plus près, il s’agit d’un énième «buzz» fabriqué par des militants» avec le hashtag #TelAvivSurSeine comme cri de ralliement pour lyncher une manifestation dont le programme ne casse d’ailleurs pas des briques: «des activités ludiques et gratuites, des foodtrucks aux saveurs méditerranéennes et des concerts». Pas de quoi fouetter un chat.

N’empêche, Libé titre «Courage», car «la polémique provoquée par l’opération «Tel-Aviv sur Seine», que la mairie de Paris organise ce jeudi sur les berges de la capitale, a un seul mérite: nous pousser collectivement à réfléchir aux meilleurs moyens de faire pression sur les autorités israéliennes pour qu’elles mettent fin à leur politique de colonisation, illégale selon le droit international. Une politique contre laquelle il faut lutter sans relâche pour deux raisons. D’abord, et c’est la plus importante, parce qu’elle est le principal obstacle à la création d’un Etat palestinien et un argument en or donné aux extrémistes palestiniens…»

«Sous haute surveillance»

Bon. C’est donc reparti. Mais cela s’est-il jamais vraiment arrêté? Résultat: Paris-Plages se trouve «sous haute surveillance», comme l’écrit Le Parisien: «Environ un demi-millier de policiers et de gendarmes seront mobilisés aujourd’hui» dans les parages de la voie Georges-Pompidou, dans le IVe, «là où s’étalent des transats, du sable, des palmiers…». Et donc «des forces de l’ordre par centaines!». Plusieurs associations pro-palestiniennes appellent en effet «à un rassemblement entre le pont au Change et le pont Notre-Dame (IVe), baptisé Gaza sur Seine… à quelques mètres de l’opération célébrant la ville côtière israélienne qui se déroulera, elle, entre le pont Notre-Dame et le pont d’Arcole.»

Ambiance. Au point que «la maire de Paris, Anne Hidalgo, a défendu mardi la manifestation […], estimant que l’on peut condamner la politique de gouvernement israélien «sans punir la population israélienne», relève le Times of Israel. «Même dans le contexte enlisé du conflit israélo-palestinien, Tel-Aviv reste une ville ouverte à toutes les minorités, y compris sexuelles, créative, inclusive, en un mot une ville progressiste, détestée à ce titre en Israël par tous les intolérants», écrit la maire socialiste […] dans Le Monde

La bombe Simonnet

«La polémique a véritablement démarré, explique La Croix, après que Danielle Simonnet, conseillère PG de Paris, a dénoncé samedi 8 août «l’indécence» d’organiser une telle journée, «tout juste une année après les massacres sur la bande de Gaza par l’Etat et l’armée israélienne et alors que le gouvernement israélien intensifie sa politique de colonisation avec les drames que l’on connaît»:

Pour l’écrivain Christian Combaz, qui s’exprime à propos de ce texte dans Le Figaro, «il est hasardeux de mêler bonne conscience politique et opération commerciale estivale»: «Une opération urbaine et festive qui marche, un bon «retour-presse» comme disent les spécialistes, des commentaires flatteurs dès la deuxième année, commentaires qui semblaient inviter à une institutionnalisation de la fête estivale, et soudain la machine […] devient folle.» Et ça gazouille grave:

Les promoteurs de la manifestation se mettent donc «à tirer de leur trouvaille des conclusions relatives à l’attente générale et à la façon dont le message est reçu par le monde. La première de nos surprises, c’est qu’il y avait un message, et la deuxième, c’est que le Monde l’attendait. […] L’idée que les Parisiens puissent n’attendre de leur maire aucune doctrine en matière internationale a-t-elle jamais effleuré Mme Hidalgo? Présenter de surcroît sa «doctrine» comme intangible, en montant sur ses grands chevaux comme si l’on siégeait en séance plénière à l’ONU, n’est-il pas légèrement immodeste?»

Le Monde résume le conflit en expliquant très clairement que «les défenseurs de cette opération vantent une simple fête, permettant de bâtir des ponts avec une ville progressiste, opposée à la politique du gouvernement de Benyamin Netanyahou. Ses opposants dénoncent une manœuvre de communication, susceptible de redorer l’image de l’Etat juif et de l’aider à perpétuer l’occupation des territoires palestiniens.»

Dans quel contexte? «Au cœur de cet affrontement, il y a ce que l’on pourrait appeler la culture d’Oslo.» Les organisateurs de la manifestation, «n’en déplaise à certains pro-palestiniens ultra, ne sont pas des sous-marins de la droite israélienne. Les membres du PS raisonnent simplement, comme la plupart de leurs collègues de droite et de gauche, avec la grille d’analyse du processus d’Oslo, ce mécanisme de règlement du conflit forgé au début des années 1990 par Yasser Arafat, Itzhak Rabin et l’administration américaine de Bill Clinton.» On sait bien qu’il est «périmé».

Un blog de Mediapart dénonce, lui, ce «climat de lynchage». Et «surtout la veulerie absolue dans laquelle verse aujourd’hui la gauche extrême, enfin le recyclage des thèmes antisémites les plus éculés. […] Car l’affaire Tel-Aviv sur Seine est une affaire de justice populaire. La preuve en est tellement évidente qu’on ne la verrait presque pas. Elle tient en ceci: pourquoi ceux qui s’opposent à cette manifestation ne demandent pas aux Parisiens de la boycotter, mais s’adressent à la maire de Paris pour qu’elle la supprime?»

Ce qui confirme le parfum de péremption qu’exhale aujourd’hui la gauche française.

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