Digitale attitude

La téléréalité nous a donné Donald Trump


C’est la déstabilisation de la vérité dans ce type d’émissions qui a aussi contribué au choix d’un candidat comme le républicain élu le 8 novembre

Il y a une tendance croissante et inquiétante dans la culture américaine: celle du nivellement intellectuel par le bas. La volonté de s’informer et de se cultiver a été remplacée par le désir de se divertir. Entre autres avec la téléréalité. Ces émissions – en 2015, on en dénombrait 750 sur les chaînes câblées américaines – ont initié le public aux attitudes égocentriques et aux journées souvent peu productives des personnages, en faisant passer leurs agissements comme une nouvelle normalité.

Leur comportement? L’étalage sans pudeur de leurs drames interpersonnels, l’agressivité et la condescendance qu’ils manifestent entre eux. Autant de modèles que les spectateurs reproduisent dans leur quotidien à force de les regarder.

Vedette de sa propre émission, «The Apprentice»

Selon June Deery, professeur en médias au Rensselaer Polytechnic Institute à New York, dans le journal en ligne Quartz, «dans la téléréalité, ce qui est vrai, factuel ou une évidence incontestée peut-être sujet à débat. C’est cette déstabilisation de la vérité qui a contribué au choix d’un candidat comme Donald Trump. Dans le même esprit, confronté par les fact-checkers aux fausses affirmations proférées dans ses discours, il a simplement refusé de l’admettre.» Le président élu a d’ailleurs été la vedette de sa propre émission de téléréalité, The Apprentice, pendant des années.

De nombreuses promesses

Les Américains ont donné les clés de la Maison-Blanche à un homme qui s’est montré outrancier, impulsif, narcissique et peu informé. Tiendra-t-il ses promesses électorales? Démanteler l’Obamacare, poursuivre Hillary Clinton en justice, annuler «tous» les décrets présidentiels, renégocier les accords de libre-échange, détruire l’Etat islamique, sortir de l’accord sur le climat scellé à Paris lors de la COP21, construire un mur à la frontière avec le Mexique, bannir l’immigration des musulmans, instaurer un «contrôle extrême» des ressortissants de «pays infectés par le terrorisme», exercer son droit de veto pour un contrôle sur la vente des armes…

Elles étaient nombreuses, ces promesses. Mais quoi qu’il arrive, aucune colère envers l’administration actuelle, aucun désarroi de la classe moyenne, aucune épreuve personnelle due à des inégalités de traitement ne justifie le choix d’un tel candidat à la présidence des Etats-Unis. #NotMyPresident.

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