Ma semaine technologique

Le temps de cerveau social disponible

Après Elon Musk, au tour de Mark Zuckerberg de vouloir accéder directement à nos pensées

Il y a quelques années, un patron de chaîne de TV estimait que son job consistait «vendre du «temps de cerveau humain disponible» des téléspectateurs» à ses annonceurs. C'était le temps de la toute puissance du petit écran. Treize ans plus tard, Facebook veut faire beaucoup mieux: le premier réseau social mondial, né l'année même de la fameuse citation du président-directeur général de TF1, envisage sérieusement de se connecter directement à l'esprit de ses utilisateurs. Dans sa conférence à destination des développeurs donnée cette semaine, la firme de Mark Zuckerberg a dévoilé ce projet sur lequel une de ses équipes de 60 chercheurs travaille depuis plusieurs mois. Il fait le même constat qu'Elon Musk: nous avons un incroyable foisonnement d'idées mais pas l'interface humaine nécessaire pour tout retranscrire à la vitesse adaptée.

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Quand le projet Neuralink veut implanter des électrodes dans le cerveau pour nous rendre plus forts que les machines, Facebook cherche des moyen moins invasifs pour envoyer un email par télépathie. Mark Zuckerberg - à défaut d'avoir une vision précise - semble à travers ses prises de positions et ses interventions tâtonner vers cet objectif. Il cherche le meilleur moyen de donner encore plus d'ampleur à ce qu'il appelle «l'infrastructure sociale» mise en place, à savoir son réseau capable de connecter 1,9 milliards d'êtres humains. Est-ce possible? Des chercheurs à Genève où se niche le CERN du cerveau, le Human Brain Project, estiment l'approche d'Elon Musk réaliste. Ils n'ont pas encore statué sur le projet de Facebook mais rien n'indique qu'il soit infaisable.

La vidéo en direct avec Facebook Live lancée il y a tout juste un an n'a pas atteint les objectifs espérés. La réalité augmentée (AR) - ou plutôt le mélange de réalités - tel que présentée cette semaine bute sur la question de l'interface. Se promener avec son téléphone (comme l'été dernier avec Pokemon Go sur son smartphone) n'est pas aisé et, dans le cas de la réalité virtuelle (VR), le casque d'immersion reste très peu pratique. Facebook mène tous ces chantiers en parallèle: continuer de travailler sur les casques, l'AR et la VR. Mais accéder directement à l'esprit constituerait un saut quantique. Pour le bien de l'humanité, il serait pourtant de meilleur augure qu'un nouveau Tim Berners-Lee, le père du web, réussisse en premier cet exploit plutôt qu'une société privée. Au risque sinon que les tranches de cerveau disponibles deviennent très vite un enjeu pour le secteur de la publicité. 

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