Le changement climatique se réalise plus rapidement que nous ne le pensions il y a encore deux ans. Si nous ne changeons pas nos habitudes, des changements climatiques dangereux, voire catastrophiques, se produiront presque certainement au cours de ce siècle. Il s’agit du défi le plus important auquel la génération de décideurs politiques actuelle soit confrontée.

Je suis désormais très inquiet quant aux chances de réussite du prochain sommet de Copenhague. Les négociations sont à présent dangereusement proches de l’impasse, et cette impasse pourrait aller jusqu’à empêcher toute reprise des discussions l’année prochaine. ­Celles-ci risquent de se solder par un échec amer, avec peut-être, en toile de fond, une fracture profonde entre les pays développés et les pays en développement. Or, en l’état actuel des choses, le monde ne peut se permettre une telle issue désastreuse.

C’est pourquoi j’ose espérer que cette semaine, alors que les dirigeants mondiaux réunis à New York et à Pittsburgh contempleront l’abîme qui s’ouvre à nos pieds, nous conclurons ensemble que nous devons tout mettre en œuvre pour faire progresser les négociations.

L’heure n’est pas aux parties de poker. Il s’agit maintenant de mettre sur la table des propositions aussi ambitieuses que nos contraintes politiques le permettent. C’est exactement ce que l’Europe a fait, et ce qu’elle continuera à faire.

Cela ne sera possible que si nous trouvons un terrain d’entente qui nous permette malgré tout de parvenir à une conclusion positive, et c’est à cet égard que la réunion [du 22 septembre] des dirigeants mondiaux à New York peut à mon avis s’avérer déterminante.

Il faut d’abord que tous les pays développés clarifient leurs plans relatifs aux réductions d’émissions à moyen terme et fassent preuve d’un volontarisme qui soit au moins à la hauteur de leurs responsabilités à l’égard des émissions du passé. Si nous voulons parvenir à une réduction minimale de 80% d’ici à 2050, les pays développés doivent s’efforcer de réaliser les réductions collectives requises de 25 à 40% d’ici à 2020. L’Union européenne est prête à porter l’objectif de 20 à 30% si les autres font des efforts comparables. En outre, les pays développés doivent dès maintenant reconnaître explicitement qu’ils devront jouer un rôle important dans le financement des mesures d’atténuation et d’adaptation que prendront les pays en développement. Selon nos estimations, ces pays auront besoin d’ici à 2020 d’environ 100 milliards d’euros [151 milliards de francs suisses] supplémentaires par an pour lutter contre le changement climatique. Une partie de ce montant sera autofinancée par les pays en développement les plus avancés sur le plan économique. L’essentiel devrait provenir du marché du carbone, pourvu que nous ayons le courage de mettre en place un système ambitieux à l’échelle mondiale.

Ces mesures devront toutefois être également financées par des flux d’argent public des pays développés vers les pays en développement, pour un montant qui pourrait aller de 22 à 50 milliards d’euros [33 à 75 milliards de francs] par an en 2020. Près de la moitié de ce montant sera nécessaire pour soutenir les mesures d’adaptation, en donnant la priorité aux pays en développement les plus vulnérables et les plus pauvres. En fonction du résultat des discussions relatives à la répartition de cette charge au niveau international, la part assumée par l’Union européenne pourrait être comprise entre 10 et 30%, c’est-à-dire atteindre les 15 milliards d’euros [22 milliards de francs] par an. Autrement dit, nous devons être prêts à apporter une contribution importante à moyen terme et à envisager, peut-être dès l’année prochaine, un financement «de démarrage» en faveur des pays en développement. Je suis impatient d’aborder cette question avec les dirigeants de l’Union lors de notre rencontre fin octobre.

Nous devons donc montrer que nous sommes prêts à parler d’argent cette semaine. En contrepartie, les pays en développement, à tout le moins les plus avancés d’entre eux sur le plan économique, doivent dire beaucoup plus précisément ce qu’ils sont prêts à faire pour atténuer leurs émissions de carbone dans le cadre d’un accord international. Les pays en développement mettent déjà en œuvre des mesures nationales pour limiter ces émissions, mais ils doivent de toute évidence redoubler d’efforts – en particulier les plus avancés d’entre eux. Ils soulignent, et c’est bien naturel, qu’ils ne pourront prendre des mesures d’atténuation que si des financements «carbone» des pays riches sont disponibles, ainsi qu’il a effectivement été convenu à Bali. Mais il est également vrai que les pays développés ne pourront rien financer si aucun engagement n’est pris en faveur de ces mesures.

Moins de 80 jours de calendrier nous séparent du sommet de Copenhague. Depuis la réunion du mois dernier à Bonn, le projet de texte compte quelque 250 pages: une pléthore d’options différentes, une forêt de crochets typographiques. Si nous n’y mettons pas d’ordre, ce document risque de devenir la lettre de suicide collectif la plus longue de l’histoire.

La semaine qui commence à New York et à Pittsburgh s’annonce cruciale, ne fût-ce que parce qu’elle révélera dans quelle mesure les dirigeants mondiaux sont prêts à s’investir dans ces négociations pour obtenir une issue positive. L’alternative est simple: pas d’argent, pas d’accord. Mais aussi: pas d’actions, pas d’argent!

Copenhague représente une occasion unique d’infléchir collectivement les émissions de façon à maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C. C’est donc cette semaine à New York que la contre-attaque doit commencer.

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