Adepte des bons mots, feu Jean-Pascal Delamuraz se plaisait à dire, sur un ton caustique: «En Suisse, des chercheurs qui cherchent, on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche.» Le Forum des 100, organisé jeudi par Le Temps à l’Université de Lausanne, a opposé un cinglant démenti à cet adage. Il a apporté la preuve que la Suisse, en l’occurrence romande, fourmillait d’esprits subtils capables de développer des projets novateurs, audacieux et réalistes.

On citera le Neuchâtelois Raphaël Domjan, qui, après avoir fait le tour du monde avec un bateau solaire futuriste, s’attaque désormais à l’espace avec son avion SolarStratos. Il appartient tout à fait à la lignée de son aîné Bertrand Piccard. On citera le tandem Raphaël Gindrat/Anne Mellano, cocréateurs de BestMile. Après avoir fait ses premières armes en Suisse avec les navettes autonomes, cette start-up se déploie désormais sur plusieurs continents.

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On citera également les deux équipes d’étudiants et doctorants de l’EPFL et de l’EPFZ qui présentent leur propre prototype de capsule Hyperloop au concours organisé par Elon Musk. On peut encore citer les ingénieurs qui planchent actuellement sur le projet de tunnel de fret entièrement automatisé connu sous le nom de Cargo Sous Terrain. Sans oublier les acteurs de ce qu’on appelle déjà la «Drone Valley». Des chercheurs qui trouvent, on en trouve.

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Ces projets ne peuvent toutefois pas se concrétiser sans que l’appareil administratif suive. Et là, c’est parfois compliqué. Les offices fédéraux compétents savent faire preuve de souplesse lorsqu’il s’agit d’autoriser des essais pilotes, comme la distribution de produits médicaux par drones ou les bus sans conducteur. Mais c’est vite plus compliqué lorsque l’on passe à l’étape de concrétisation. La Poste a abandonné ses tests de robots de distribution à cause de contraintes réglementaires.

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Cargo Sous Terrain se heurte à une foule d’obstacles. Notamment parce qu’il cible un territoire spécifique, le sous-sol, qui, en Suisse, relève de la compétence des cantons. Il faut donc convaincre beaucoup, beaucoup de monde pour faire avancer cette idée, qui déchargerait considérablement les routes du Plateau du trafic lourd. C’est long et laborieux. Mais un pays aussi féru de tunnels que la Suisse devrait être capable de réaliser une telle prouesse, ne serait-ce que pour infirmer la maxime de Jean-Pascal Delamuraz.