Le 24 mars 2017, un avion de combat larguait une bombe contenant du gaz sarin sur le village de Latamné, au nord de la Syrie, en mains de l’opposition au régime de Bachar el-Assad. Le lendemain, un hélicoptère de l’armée syrienne larguait à son tour un cylindre contenant du chlore sur l’hôpital du village. Et cinq jours plus tard, le 30 mars, rebelote avec un avion et son gaz sarin. Au total, 106 personnes sont victimes de ces armes chimiques interdites par les conventions internationales. Cette fois-ci, miracle, il n’y a pas de mort. Un épisode devenu presque routinier dans un conflit qui a fait près de 400 000 morts et déplacé des millions de personnes.

Multirécidiviste des opérations chimiques

Dans l’échelle des horreurs perpétrées par l’armée de Bachar el-Assad, l’attaque de Latamné est presque anecdotique. C’est pourtant celle-ci qui est, pour la première fois, l’objet d’un rapport détaillé qui évoque un crime de guerre et un crime contre l’humanité. L’enquête de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) basée à La Haye, rendue publique le 8 avril, conclut à la responsabilité de l’armée de l’air syrienne et à celle de Bachar el-Assad. Ce multirécidiviste des opérations chimiques a une nouvelle fois nié, comme il l’a fait pour la douzaine d’autres attaques de ce genre bien plus meurtrières qu’on peut lui attribuer. Cette fois-ci ce ne sont toutefois plus ses opposants politiques ou les services de renseignement de puissances étrangères qui l’accusent, mais bien la communauté internationale. Ce qui renforce considérablement la possibilité qu’un organe de justice internationale puisse enfin inculper l’un des pires criminels de guerre de ce début de siècle. Il serait temps.