Éditorial

Le temps de l’Afrique est venu

Un vent d’optimisme souffle comme jamais sur le continent, qui comptera 2,5 milliards d’habitants en 2050. La Suisse a marqué sa présence et son intérêt au bon moment

Ce n’était pas un voyage comme les autres. Du 21 au 25 mars, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann a conduit une mission économique au Nigeria et en Côte d’Ivoire. La visite tombait à point nommé: un air d’optimisme, comme rarement vu dans le passé, flotte sur le continent. Il fallait marquer l’intérêt et la présence de la Suisse à cet instant historique.

Le sentiment d’«Africa Rising» se traduit déjà dans quelques chiffres. De 2,2% en 2016, la croissance du produit intérieur brut (PIB) du continent a grimpé à 3,4% l’an dernier. Elle devrait encore progresser à 4,3% en 2018 et en 2019. Le PIB de 18 pays africains a augmenté de plus de 5% l’an dernier, et celui de 37 autres entre 3 et 5%.

Pourtant, dans la réalité, le continent patauge dans le chaos et la misère. Plus de 500 millions d’Africains se débrouillent avec moins de 2 dollars par jour. Les disparités sont criantes entre les Etats – avec un revenu par habitant de 9600 dollars à Maurice et de 286 dollars au Burundi – tout comme à l’intérieur des frontières nationales.

Les Chinois délocalisent

L’électricité, les télécommunications, les transports, tout fait défaut, et ce boulet freine le développement. L’Afrique, qui compte 65% des terres arables non cultivées du monde, importe des vivres pour 39 milliards de dollars par année. Alors que, potentiellement, elle pourrait nourrir toute la planète.

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Il n’empêche. Les voyants sont au vert. L’économie africaine profite de la reprise mondiale qui se manifeste depuis deux ans. Riche des matières premières agricoles et minières dont les prix remontent, le continent en exporte de plus en plus. L’industrialisation progresse. Les Chinois délocalisent leurs usines de textile en Ethiopie. Le Nigeria, premier producteur de pétrole brut, construit enfin une raffinerie qui, espère-t-on, fonctionnera. Les ambitions de traiter les matières premières sur place se précisent. L’Afrique fournit 75% du cacao mondial, mais ne gagne que 800 millions sur les 110 milliards de dollars générés chaque année par l’industrie chocolatière mondiale.

2,5 milliards d’habitants

Un autre facteur alimente le sentiment d’«Africa Rising»: sa démographie. Le continent comptera 2,5 milliards d’habitants en 2050. Autant que la Chine et l’Inde réunies. Près de 60% d’entre eux auront moins de 25 ans, habiteront en zone urbaine et auront une formation. Avec un pouvoir d’achat en croissance, ils feront partie d’une nouvelle classe moyenne avide de consommation. Le dividende démographique se transformera alors en eldorado pour les investisseurs. La taille de la délégation qui accompagnait Johann Schneider-Ammann – une quarantaine d’entreprises helvétiques – a clairement montré l’intérêt de la Suisse pour le continent.

Selon Victor Hugo, «rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue». Il y a une sorte d’unanimité selon laquelle l’heure de l’Afrique est arrivée. A l’inverse, l’échec serait un désastre, comme le dit Charles Boamah, vice-président de la Banque africaine de développement: des millions de jeunes Africains désemparés et sans perspective iraient chercher des cieux plus cléments plus loin. De fait, l’échec serait un terrible désastre, non seulement pour l’Afrique, mais pour le monde entier.

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