Hyperlien

Pourquoi «Le Temps monte sur scène»

Dix membres de la rédaction, hommes et femmes, vont bientôt se produire sur les scènes de Suisse romande. Voici la genèse du projet

Certains d’entre vous s’étonneront peut-être de découvrir dans nos pages digitales ou papier des invitations à venir voir, dès le 18 septembre, Le Temps se produire sur les scènes romandes.

Mais quelle mouche a donc piqué ces journalistes de presse écrite pour qu’ils décident de s’aventurer ainsi dans les territoires de l’oralité; pour qu’ils posent leur plume ou leur clavier et se lancent dans des récits journalistiques en direct et face public?

Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain: Le Temps monte sur scène a une histoire. Ce spectacle a pour origine un constat simple. Lorsque des journalistes revenaient de reportage et racontaient leurs aventures autour de la machine à café, la rédaction était en haleine. L’intéressé répétait maintes fois le récit de ses exploits, grands ou petits, et ses collègues en profitaient tour à tour.

Le sel de l’affaire

Et les lecteurs? Certes, ils avaient droit à une série de papiers fournis et documentés. Mais parfois, les anecdotes périphériques, les atmosphères, les ambiances de coulisse, les situations cocasses ou gênantes, bref le sel de l’affaire, faute de place ou par pudeur, n’étaient plus perceptibles dans les articles.

D’où l’idée d’organiser à la rédaction des conférences où les journalistes, revenant de pays sous les feux de l’actualité, raconteraient leurs aventures au lecteur avec la même verve qu’à la cafétéria. Aussi, par exemple, Boris Mabillard, de retour de Syrie, s’était-il prêté à l’exercice devant quelques lecteurs.

Puis, un rédacteur en chef tomba par hasard sur une affiche de Live Magazine, un spectacle, organisé comme un journal, et qui mettait en scène des journalistes. Et l’idée germa d’en faire plus.

En 2018, le quotidien fêtait ses 20 ans. La rédaction s’est mise à imaginer différentes manières de marquer le coup. Nos voisins français du Monde venaient de tenter l’aventure de Live Magazine. Le concept, ramené des Etats-Unis par Florence Martin-Kessler, une ancienne journaliste, fait la part belle aux récits du réel et invitait des reporters, enquêteurs, chroniqueurs, photographes mais aussi correcteurs ou éditeurs à partager en direct leurs histoires les plus étonnantes.

Rentrés épatés de Paris, où ils étaient allés voir leurs collègues du Monde brûler les planches, un groupe de journalistes du Temps ont donc contacté Florence Martin-Kessler. Elle est venue à Lausanne avec son équipe aider Le Temps à monter, à son tour, un Live Magazine. Cela donna deux représentations en mars 2018, à L’Octogone à Pully puis à la Salle Pitoëff de Genève.

Parmi les spectateurs genevois, le metteur en scène et codirecteur de la Comédie, Denis Maillefer, s’est immédiatement intéressé au projet. Quant à la rédaction du Temps, galvanisée par ce premier exercice, elle souhaitait elle aussi recommencer. Après à peine une heure de discussion, l’affaire était entendue: un partenariat entre le théâtre de la Comédie et la rédaction du Temps s’est constitué pour organiser un spectacle et une tournée de journalisme vivant. Voilà l’histoire du Temps monte sur scène. Une telle aventure ne saurait reposer sur les seules épaules d'un théâtre et d'un quotidien: le spectacle bénéficie donc du soutien de la Fondation Jan Michalski pour l'écriture et la littérature, la Manufacture Zénith et le Gruyère AOP. 

Un retour aux fondamentaux

Au-delà de la pure chronologie, cette démarche s’inscrit aussi dans le contexte plus vaste de la crise de l’imprimé. Ces dernières années, les rédactions n’ont cessé d’acquérir – contraintes ou enthousiastes – de nouvelles compétences. Il a fallu apprendre à écrire pour le web, domestiquer de nouveaux outils, inventer de nouveaux types de récits, se mettre à parler à des micros, à des caméras, mettre en images ou même en chiffres, avec le développement du data journalisme. Monter sur scène fait partie du même mouvement qui pousse à explorer des formes nouvelles pour répondre aux difficultés des vieux médias.

Parce qu’il est incarné, parce qu’il est éphémère, parce qu’il est oral, le spectacle de journalisme est aussi une manière de revenir aux fondamentaux. Il y a là une part de retour aux origines, aux histoires que les hommes et les femmes se transmettent les uns aux autres depuis toujours. C’est encore des retrouvailles avec la présence, le corps, la voix, avec la fragilité première de tout récit qui, dépouillé des artifices et des tyrannies contemporaines, met en jeu aussi bien l’auditeur que celui qui parle.



«Le Temps monte sur scène»

A la Comédie de Genève, le 18 septembre. Au Théâtre de Valère à Sion, le 23 septembre. A Lausanne, au Théâtre de Vidy, le 26 septembre. Au TPR à La Chaux-de-Fonds, le 27 septembre. A Fribourg à Nuithonie, le 9 octobre et à Porrentruy, le 17 octobre, à la salle de l’Inter. Renseignements: www.letemps.ch/spectacle

Publicité