Editorial

Pourquoi «Le Temps» participe à SwissLeaks

La banque HSBC Private Bank (Suisse) s’est fait soustraire en 2008 des données par un de ses informaticiens. L’affaire, totalement rocambolesque, de ce lanceur d’alerte qui a tout d’abord tenté de vendre ses fichiers et attend aujourd’hui son jugement par la Suisse a permis quelque chose d’unique. Elle met en lumière le comportement passé d’un grand établissement.

Dès aujourd’hui, nous publions une série d’enquêtes, regroupées sous le nom de SwissLeaks, basées sur les données récoltées à l’époque par Hervé Falciani. Ce fichier a été mis en septembre à la disposition de 140 journalistes internationaux regroupés au sein du Consortium international des journalistes d’investigation, dont Le Temps en Suisse, par nos confrères du Monde. C’est un document électronique, accessible seulement aux professionnels sélectionnés, avec plus de 100 000 noms de clients ou de personnes liées à la banque qui représentent une fortune gérée de plus de 100 milliards de francs. Ces enquêtes témoignent d’un travail de journalisme collaboratif.

Cette approche innovante représente une nouvelle manière d’envisager l’enquête. Quand il s’agit de traiter un volume de données aussi gigantesque, de s’intéresser à des affaires qui touchent des personnes dans le monde entier, aucun journal n’a la capacité de tout traiter et de comprendre pour chaque pays ce qui est – ou pas – d’intérêt public.

Les noms qui figurent dans les fichiers Falciani n’ont, la plupart du temps, aucun intérêt. Avoir un compte dans une banque en Suisse a longtemps été un moyen pour des citoyens fortunés étrangers de se protéger de l’instabilité économique dans leur pays, quand il ne s’agissait pas de persécutions. Mais nombre de ces clients mettaient aussi leurs avoirs sous la protection du secret bancaire pour éviter de payer des impôts ou masquer des comportements criminels.

De ce point de vue, le monde a changé depuis 2008. Les banques ont fait le ménage et la Suisse se prépare à passer à l’échange automatique d’informations en 2018.

Ces prochains jours, et tout au long de nos différents articles touchant à SwissLeaks, vous ne trouverez quasiment pas de noms, à l’exception de personnalités politiques exposées dont il est connu qu’elles sont sous enquête ou de criminels condamnés qui n’auraient jamais dû être clients de la banque. Cela fait partie de notre mission d’information.

Un seul impératif a guidé notre travail: celui de l’intérêt public à comprendre, à travers les pratiques révolues d’un établissement, les évolutions de la place financière et une crise qui a forcé la Suisse à redéfinir sa relation avec d’autres Etats.