Le ton est grave et la métaphore martiale: la troisième réforme de l’imposition des entreprises sera, pour Genève, la «mère de toutes les batailles», martèle François Longchamp. Compris, Monsieur le président. Alors on reprend les fondamentaux. En l’occurrence Clausewitz, De la guerre, livre I, chapitre II, page 79.

Le Prussien est formel. La bataille est l’essence de la guerre et «en guerre, on ne dispose que d’un seul moyen: l’engagement». Prince de la Dette et des Recettes, le général Dal Busco a forcément lu Clausewitz. Il sait aussi que la qualité de l’engagement dépend largement de l’adhésion de la troupe, elle-même fonction de la détermination du chef et de la confiance qu’il inspire.

Passons sur la détermination du chef. Personne ne saurait imaginer notre général rêvassant devant sa table à cartes en attendant de pouvoir, enfin, cultiver son jardin bernésien. Reste la confiance. Et là c’est plus compliqué.

Dans un monde parfait, il suffirait au grand argentier en croisade de laisser entrevoir une montagne d’or pour rassurer son monde. Eu égard à l’abondance des ressources, crânerait-il, la République peut s’offrir sans broncher une campagne triomphante à 500 millions annuels. Sauf que, le monde n’étant jamais parfait, la montagne d’or est désespérément concave. Le fond du gouffre gît 12,2 milliards de francs sous le niveau de la mer.

Flanqué de sa garde rapprochée – le capitaine Maudet y el Señor Hodgers, promus maréchaux d’Empire – le général en haillons ne peut plus compter que sur son génie. C’est-à-dire faire la démonstration de sa maîtrise des flux ou présenter un récit qui galvanise. Et là c’est encore plus compliqué.

Un état-major épinglé coup sur coup pour ses carences opérationnelles et ses estimations filandreuses, un excédent budgétaire transformé en déficit entre la poire et le fromage: disons le poliment, la maîtrise des flux branle au manche. Quant au grand récit, il ne galvanise à ce jour que les convaincus de la première heure.

Rien n’est encore perdu. La mère de toutes les batailles est prévue pour durer et le stratège désargenté n’abattra toutes ses cartes qu’à la fin de l’été. Pour mettre l’administration fiscale au pas, c’est court. Pour inventer un récit qui prend aux tripes, c’est limite. Mais c’est probablement suffisant pour relire Clausewitz.

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