D’ici au mois de juillet, Le Temps aura retrouvé ses pénates genevois, dans le quartier du Bouchet. Un retour aux sources pour ce média expatrié en terre vaudoise depuis son rachat par le groupe Ringier en 2014, avec une nouvelle adresse presque à mi-chemin entre Cointrin, où le titre a passé ses deux premières années, avec vue sur le tarmac, et Cornavin, où Le Temps est resté de 2000 à 2015, avec vue sur les rails.

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A l’origine de ce déménagement, la volonté du nouveau propriétaire du titre, la Fondation Aventinus. «Le siège du Temps est toujours resté domicilié à Genève, rappelle d’ailleurs François Longchamp, le président de la fondation. La rédaction a été déplacée à Lausanne parce que l’ancien propriétaire voulait regrouper ses titres dans une grande newsroom – on a vu ce que ça a donné d’ailleurs, avec la disparition de L’Hebdo quelques mois plus tard – mais pour Le Temps, il s’est plutôt agi d’une parenthèse conjoncturelle, accidentelle.» En plus d’être genevois, le nouveau siège devait être urbain, moderne et connecté, à l’image du journal. Et spacieux: les rédactions des médias en ligne Heidi.news et Geneva Solutions se rejoindront aussi au même endroit, une fois que leur rachat par la fondation Aventinus sera effectif (le processus est en cours).

Il peut sembler paradoxal, à une époque où, depuis des mois, l’essentiel du journal et du site se réalise à distance sans même que les lecteurs s’en rendent compte, de s’attacher à la localisation physique de sa rédaction. Le Temps avait-il d’ailleurs tellement changé en franchissant la Versoix?

Une ville un titre, et vice versa

Les titres de presse entretiennent une relation vertueuse avec les villes qui les hébergent. Ils leur donnent du prestige, grâce à leur image politique, économique et culturelle; le départ du Temps en 2015 a été vécu comme un choc, une trahison par certains Genevois, le quotidien était leur quotidien, leur vitrine, leur chambre d’écho, fier successeur du Journal de Genève. Le départ programmé du département de l’actualité de la RTS à Ecublens devrait avoir le même effet. Un média, c’est de la lumière, en plus d’emplois directs et induits.

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Symétriquement, les villes fournissent la première substance dont les médias se nourrissent, ventre riche d’événements à investiguer, de personnages à interroger, de situations à explorer. Lausanne s’est révélée un prolifique laboratoire d’expériences ces dernières années, tellement inventive en matière de musées, de mobilité, de propositions politiques. Des expériences qu’aucun retour au bercail genevois ne pourra occulter. C’était aussi un lieu plus central en Suisse, si l’on écoute les Valaisans ou les Neuchâtelois, pour ne rien dire des Alémaniques. De retour à Genève, Le Temps va garder un pied-à-terre lausannois, tout comme il a conservé une antenne genevoise pendant ses années vaudoises.

Le train de l'info

On l’a un peu oublié, mais lorsque le Journal de Genève et Gazette de Lausanne et Le Nouveau Quotidien ont fusionné pour créer Le Temps en 1998, le nouveau «média suisse de référence» avait aussi ouvert des bureaux à Lausanne, Neuchâtel, Sion, Berne et Zurich. Toujours dans des gares d’ailleurs, pour permettre aux journalistes de profiter du réseau internet des CFF, à la pointe, et d’avoir très vite accès à toute la Suisse romande en cas de besoin… Un geste précurseur.

Le nouveau siège sera lui aussi facile d’accès car desservi par de nombreuses lignes de transports en commun, pour le confort autant des collaborateurs que du public: Le Temps et Heidi.news recommenceront à accueillir conférences, performances et autres événements quand la situation sanitaire le permettra. Les nouveaux bureaux devront aussi accueillir l’ensemble des services nécessaires pour fonctionner de nouveau comme une PME parfaitement autonome, sans le parapluie des services partagés d’un grand groupe. Tous ces espaces fonctionneront en flex office, donc où il y aura peu de places fixes attribuées mais des bureaux mobiles et beaucoup d’espaces communs. De quoi se retrouver.


Le saviez-vous?

A New York, Times Square a pris ce nom en raison du New York Times, installé en 1904 à l'angle de Broadway et de la 42e Rue.

A Chicago, c'est un concours d'architecture qui a permis au Chicago Tribune de s'installer dans la spectaculaire tour gothique qui continue d'attirer les touristes.

En France, Le Monde a déjà déménagé quatre fois, au gré de ses aventures éditoriales, de l'historique immeuble hausmannien de la Rue des Italiens au futuriste et spectaculaire bâtiment de l'Avenue Mendes-France en passant par la rue Falguière, la rue Claude-Bernard et le boulevard Blanqui.

Toujours en France, les récentes reconfigurations dans le monde des médias ont redessiné la géographie des médias. L'emblématique rue François 1er n'héberge plus ni Europe 1, ni RTL, et Le Parisien a vécu comme une révolution son départ de Saint-Ouen, dans la banlieue nord de Paris, pour le XVe, avec vue sur la Tour Eiffel, bien loin de son lectorat historique.

Enfin à Londres, si l'expression «Fleet Street» continue de signifier le «monde de la presse», la rue elle-même n'héberge plus de journaux depuis le départ de News Corp à la fin des années 1980, quand Rupert Murdoch voulait faire céder les syndicats des imprimeurs. Même l'agence Reuters a fini par partir pour le quartier plus branché de Canari Wharf. 

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