Le lancement d'un nouveau journal représente une chance de renouveau extraordinaire. En tant qu'éditeur du Temps nous allons la saisir dans toute son ampleur. Nous avons en effet la conviction que le quotidien qui naît aujourd'hui répond à un besoin nouveau et cela autant sur le plan des idées que sur celui du marché.

Notre pays traverse une période de profonde transformation. Alors qu'il y a encore dix ans, sa force résidait dans l'immuabilité de sa politique, la Suisse est aujourd'hui appelée à se réinventer, à se resituer par rapport à un monde, à une Europe qui ne sont plus les mêmes. Cela vaut pour tous les domaines, de la politique aux idées et à la culture, en passant par l'économie, le social, la formation, etc. Le Temps entend contribuer à ce processus de réinvention. Et au même titre que notre pays se rénovera sur la base d'un acquis redécouvert, Le Temps sera nouveau sans renier les conquêtes de ses deux parents, le Journal de Genève et Gazette de Lausanne et Le Nouveau Quotidien.

Cet esprit de renouveau doit s'appliquer aussi au dialogue entre Confédérés. En lançant un journal romand d'audience nationale, nous entendons contribuer au redémarrage d'un dialogue sans lequel la Suisse n'est pas imaginable. Et celui-ci doit dépasser le politique et l'économique pour embrasser tout ce qui nous fait vibrer.

L'esprit de renouveau du Temps doit enfin dépasser nos frontières géographiques et thématiques. Ce qui se passe ailleurs nous affecte de plus en plus directement dans un monde devenu plus petit, et d'innombrables sujets jusqu'ici négligés ou passés sous silence sont appelés à percer le mur de la presse quotidienne.

Notre ambition innovatrice exige une grande liberté et indépendance rédactionnelle. Cette indépendance est acquise, et je m'y engage au nom du conseil d'administration. Cet engagement, essentiel dans les rapports entre un éditeur et une rédaction, est d'autant plus aisé à prendre que nous démarrons avec une excellente équipe rédactionnelle et un excellent directeur-rédacteur en chef, Eric Hoesli. A aucun moment d'ailleurs de nos innombrables discussions entre actionnaires et rédaction tout au long de la période de gestation du Temps, n'avons-nous eu la moindre divergence sur l'essence même du journal que nous voulions créer. Ce journal sera indépendant et libre, d'aucune manière inféodé à un parti ou à un groupe d'intérêt. Il sera basé sur l'ouverture, la démocratie, la libre entreprise et un profond respect de l'homme. Il sera enfin empreint d'une grande intégrité et d'une grande objectivité journalistiques tout en ayant le courage de ses opinions. Autant nous éditeur, que la rédaction désirons faire un journal libre, attrayant, vertébré et de grande qualité.

L'indépendance d'un journal n'implique pas seulement celle de sa rédaction. Elle exige aussi la liberté et l'indépendance de son éditeur. C'est là un deuxième engagement que je prends au nom du conseil d'administration au sein duquel personne ne représente un actionnaire majoritaire. Le conseil est composé de personnalités fortes, en provenance d'horizons différents, toutes attachées au succès du Temps. Ensemble nous exercerons la responsabilité de l'éditeur qui est importante. Elle est d'assurer à la fois la qualité et le succès commercial du nouveau journal. Car il est évident – et on a trop tendance à l'oublier – qu'un journal déficitaire finit par perdre son indépendance, et cela soit au profit d'organes concurrents, soit à celui de ses propres bailleurs de fonds. Le Temps est appelé à prouver que qualité et succès commercial d'un journal sont compatibles.

J'adresse enfin un mot de profonde gratitude à tous ceux sans lesquels Le Temps n'aurait jamais vu le jour ce 18 mars et d'avance aussi à tous ceux qui feront vivre notre journal dans les années et décennies à venir. Je dis merci à tous les rédacteurs et rédactrices, collaborateurs et collaboratrices du Temps, qui des mois durant ont travaillé d'arrache-pied, pour à la fois produire leurs anciens journaux et préparer le lancement du nouveau. Je dis merci à nos annonceurs, passés et futurs, sans la confiance desquels Le Temps n'aurait pas vu le jour. Je dis merci enfin à nos lectrices et lecteurs, ceux du Nouveau Quotidien et du Journal de Genève, et aux nouveaux. Nous ferons tout pour vous rendre fiers de votre nouveau journal et pour vous donner un plaisir croissant de le lire.

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