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Incidences

Tendre la main au printemps arabe

Le terrorisme ne va pas disparaître après la mort de Ben Laden. Mais les experts semblent s’accorder à dire que plus les Européens aideront les mouvements contestataires arabes, plus il deviendra possible de s’en débarrasser. Par François Nordmann

L’exécution de Ben Laden a marqué les esprits. C’est un tournant de la lutte contre le terrorisme, même si ce n’en est pas la fin.

Les sous-groupes régionaux subsistent dans la péninsule Arabique et jusqu’en Somalie, au Maghreb, en Asie du Sud-Est, sans oublier le commandement central que Ben Laden dirigeait jusqu’au bout.

Le terrorisme est aussi une menace directe pour la Suisse, comme le relève le Service de renseignement de la Confédération dans son dernier rapport. M. Ueli Maurer, chef du Département de la défense, s’exprimant dans la presse dominicale, s’attend à une recrudescence du terrorisme conséquemment à l’élimination de Ben Laden, sans que la Suisse soit particulièrement visée.

Un expert allemand le conteste: du fait que la Suisse a été nommée l’été dernier dans une vidéo du No 2 d’Al-Qaida, en relation avec l’interdiction des minarets une menace concrète existe maintenant.

Ueli Maurer admet que la Suisse ne constitue pas une «île des bienheureux»… Il relève que le recrutement de combattants djihadistes à partir de la Suisse a augmenté dans les camps d’entraînement d’Afghanistan ou du Pakistan, ou encore en Somalie ou au Yémen. Il pense avoir une bonne vue d’ensemble sur ce phénomène, analogue à ce qui se passe ailleurs en Europe occidentale, et qu’on avait déjà observé en Suisse à d’autres occasions avec des militants des LTTE tamouls ou du PKK.

C’est dans le domaine du financement occulte des réseaux que notre pays joue un rôle important. Les transferts de fonds échappent au système bancaire. Notre territoire peut aussi servir de lieu de rencontre discret ou de plaque tournante pour des déplacements de conspirateurs. Et nous sommes fort dépourvus pour y parer.

Cependant, les soulèvements de ces derniers mois dans les pays du sud et de l’est de la Méditerranée montrent que le terrorisme djihadiste n’a rien d’une fatalité. Au contraire, les protestataires se réclament de la liberté, des droits de l’homme, et de la démocratie: par là, ils rejettent le califat de Ben Laden au nom de valeurs modernes, pluralistes et universelles. C’est un formidable espoir qui se lève, accompagné toutefois d’une part d’inquiétude: et si ce processus n’était pas irréversible? Et quelle est la crédibilité des Occidentaux qui défendent en toute incohérence leurs valeurs en Libye et leurs intérêts en Syrie? Or on ne peut isoler de leur environnement géographique les Etats en transition démocratique, alors qu’une répression féroce frappe les populations voisines qui se réclament des mêmes idéaux.

Quoi qu’il en soit, pour les Européens, une vérité paraît acquise: un effort particulièrement généreux est nécessaire pour appuyer les mouvements contestataires arabes. Les régimes qui répondent par la violence aux aspirations démocratiques sont condamnés. William Hague, le ministre britannique des Affaires étrangères, considère que les révoltes au sein du monde arabe sont l’événement le plus important depuis la chute du mur de Berlin. Nous devons faire preuve à leur égard d’autant de générosité que nous avons su le faire en direction de l’Europe centrale et orientale. Il compte proposer le mois prochain, au sommet du G8 à Deauville, la création d’une zone de libre-échange de part et d’autre de la Méditerranée pour les pays qui se seront dotés des institutions démocratiques.

Trois écueils sont à éviter:

– la confiscation de ces révoltes par des éléments conservateurs ou mafieux peu ou prou liés à l’ancien régime, qui freineraient l’émancipation et retarderaient l’avènement d’une vraie démocratie;

– le regain d’influence de partis qui, tout en se prêtant au jeu électoral, se réserveraient d’imposer ensuite des vues et des principes fanatiques; M. ElBaradei, Prix Nobel de la paix et candidat à la présidence de l’Egypte, dit craindre l’influence des milieux salafistes dans la vie publique égyptienne;

– la lenteur de la lutte contre la pauvreté et le chômage, le véritable moteur de la révolte, provoquant la déception de ses champions et ouvrant la voie à toutes sortes d’aventures.

Le Service de renseignement de la Confédération porte dans le rapport évoqué plus haut un jugement réaliste sur la situation: les bouleversements qui secouent le monde arabe n’étant pas terminés, il n’est pas encore possible de procéder à une appréciation complète des effets à moyen et long termes de cette vague de protestation.

Parallèlement de nombreux risques marquants vont subsister à long terme, liés au contexte économique et démographique défavorable, aux problèmes de sécurité intérieure ou encore aux conflits régionaux. Des menaces en découlent pour les intérêts suisses sous la forme d’une pression migratoire, d’activités terroristes, d’une fragilisation de l’approvisionnement énergétique, de flux d’avoirs illicites de chefs d’Etat et de criminalité organisée.

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© Gabioud Simon (gam)